Flute_by_wallpapergirl92

Voilà cinq ans et demi que j'ai rencontré Lydie dans le parking de l'Arsenal. Au premier coup d'oeil, je suis tombée amoureuse de ses cheveux, ses lunettes bleues, son sourire, son regard. Cinq ans et demi que je suis tombée en amour avec cette personne rayonnante. Cinq ans et demi et moi qui pensais qu'elle m'avait oubliée !

Lydie, c'est l'histoire d'un coup de coeur simple. En 2010, j'ai eu la chance de chanter Carmina Burana de Carl Orff avec 500 choristes et l'Orchestre National de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier dans la merveilleuse salle de l'Arsenal de Metz. C'était la première fois que je chantais une oeuvre classique et surtout, que je travaillais avec des musiciens professionnels. Ca m'a vraiment fait rêver ...

Nous avons donné deux concerts que j'ai savourés pleinement. A la fin du deuxième concert, nous avons regagné la voiture avec ma mère et devant nous marchait la flûtiste de l'orchestre. J'ai glissé à ma mère "C'est la flûtiste ! A chaque fois qu'on répétait un morceau a cappella, elle se retournait et nous écoutait, la tête posée sur le dossier de sa chaise. Tu ne l'as pas repérée ?" Evidemment que non, il n'y avait que moi qui l'avais remarquée... J'avais trouvé l'image de cette musicienne pro qui nous écoutait avec des étoiles ans les yeux magnifique et j'ai eu un petit coup de coeur à distance. Je me suis dit que c'était l'une des rares de l'orchestre à ne pas être blasée.

Puis elle s'est retournée. J'espère qu'elle ne m'a pas entendue ! Elle a aperçu nos partitions et nous a dit : "Vous étiez dans le choeur ?" Nous avons acquiescé, puis je lui ai dti que je l'avais repérée dans l'orchestre, elle était la flûtiste. Elle semblait touchée que je l'aie remarquée. Elle nous a dit "Ca fait des années que je joue dans cet orchestre et c'est la première fois que je vois la salle tout entière se lever !" Elle a ajouté que nous avions fait un travail formidable, qu'elle aimait nos regards pétillants et notre amour de la musique. "Moi c'est Lydie, et vous ?" Oh Lydie ...

Nous n'avons pas discuté très longtemps, mais cette rencontre m'a vraiment mis du baume au coeur et depuis, je n'ai jamais oublié le sourire de cette flûtiste, ses grands yeux admiratifs derrière ses lunettes bleues. Et puis au mois de septembre, je suis retournée à l'Arsenal mais en tant que spectatrice. En attendant Laura devant la salle, je la vois arriver un peu à la bourre avec un plat à gâteau. Malgré son retard, elle répond à mon grand sourire et gagne l'entrée des artistes au pas de course.

Laura arrive et nous nous dirigeons vers la salle. Dès que le concert commence, je suis embarquée par le jeu des musiciens. Quel bonheur d'être là ! Pendant l'entracte, je parle de "ma" flûtiste à Laura. En prépa, j'étais très renfermée et ne parlais à personne. Me confier à elle sur un si joli sujet m'a fait du bien, d'autant qu'elle a trouvé cette rencontre très belle. Et contre toute attente, lorsque Lydie est entrée sur scène parmi les autres musiciens, Laura a applaudi plus fort. Ca m'a touchée.

A la fin du concert, j'attends ma mère devant la salle. Je papote avec Laura tout en jetant régulièrement un oeil sur le flot des musiciens qui sortent du côté. Puis elle a fini par arriver. Elle est re-rentrée dans le hall et a accroché mon regard. Elle est ressortie et m'a dit :"Bonsoir ! On se connaît, non ? Vous êtes flûtiste ?" ... "Non, choriste !" Et du tac au tac : "Mais oui ! Carmina Burana ? On s'est vues dans le parking ? Ah oui, qu'est-ce que c'était beau ce concert ! Merci encore !" Merci ? Elle me dit merci ? Je n'en reviens pas qu'elle me replace et qu'elle discute ainsi avec moi ! Je ne m'y attendais pas du tout ! Mais en même temps, la simplicité lui colle à la peau, il ne pouvait en être autrement. Je me souviens encore du long texto que j'ai écrit à Pauline dans la voiture pour lui raconter mon émerveillement.

Au fil des concerts, nous avons noué un beau dialogue. Elle a rencontré Pauline, ma mère, Laura. Et au mois de juin, elle m'a même invitée à la répétition générale d'un concert à la Völklinger Hütte ! Je me suis sentie tellement privilégiée et chanceuse ce jour là ! Elle m'a présentée à des musiciens, comme si j'étais une amie de longue date. J'étais tellement touchée et émerveillée d'être au coeur de tout ça. J'étais toute seule dans les fauteuils, je me suis sentie minuscule et incroyablement chanceuse. Je garde un souvenir ébloui de cette belle après-midi.

Pour organiser cette répétition en Allemagne, on a échangé nos numéros de téléphone, et depuis lors elle a pris de mes nouvelles de temps en temps. Elle m'a demandé les résultats de mes concours, a pris plusieurs fois des nouvelles quand j'étais à Amiens. Nous parlions musique, voyages, littérature ...

Puis les mois ont passé, je n'ai plus réussi à aller aussi souvent à l'Arsenal. Je pensais toujours à elle, mais j'étais persuadée qu'elle m'avait oubliée. Puis j'ai perdu mon papa et l'été qui a suivi, je suis allée à Seattle avec Aurélie. Et un jour, dans la cuisine de Don et Michelle j'ai une notification Facebook : "Lydie C... souhaite devenir votre amie". Je n'en reviens pas ! Ca fait quoi ? Au moins deux ans qu'on n'a pas parlé ! Fébrile, j'accepte évidemment l'invitation.

Une semaine plus tard, je me retrouve sur la même scène qu'elle à Nancy, sous la direction de Vladimir Cosma. Je n'ai pas osé l'aborder (foutue timidité, t'en iras-tu un jour ?), mais heureusement, de là où j'étais placée, j'ai pu profiter de son sourire et ses yeux malicieux. En décembre, concert de la Saint Nicolas avec l'ONL. Même problème, je n'ose pas.

Un an plus tard, me revoilà au même concert de la Saint Nicolas. Une répétition vendredi (où je découvre le trio des Ismaélites : https://www.youtube.com/watch?v=-p6tZF-J4wc Un moment suspendu ...) où bien sûr je n'ose pas l'aborder. Un concert au fin fond de la Picardie samedi soir, pareil. Grrr, foutue timidité !

Et puis hier à l'Arsenal de Metz. Je m'étais promis de ne pas m'en aller avant de l'avoir abordée. Après le concert, je reviens dans le hall. Elle est là, en pleine discussion. Puis elle se dirige vers le vestiaire et passe devant moi. C'est alors qu'elle tourne la tête, m'aperçoit et s'exclame : "Oh ! Tu es là !" J'étais tellement surprise de sa réaction : tu es là. Moi ... Elle se souvient donc de moi ? Voilà trois ans qu'on n'a pas parlé et elle se souvient de moi. Elle ne m'a pas ajoutée sur Facebook par hasard ! Puis elle ajoute : "C'était ton anniversaire il y a quelques jours, non ?" Deuxième surprise elle fait donc le lien avec mon visage croisé dans un contexte familier (l'Arsenal) et Facebook. Elle me (re)connaît ! "Je te suis sur Facebook, c'est toujours un plaisir de voir ce que tu deviens et je ne m'attendais pas à te voir là !" Elle me suit ? Je n'arrive pas à y croire ! J'arrive à bafouiller quelques mots et je lui dis merci pour ce beau trio de flûtes et harpe, c'était incroyablement beau "Oui, aujourd'hui j'ai pris plaisir à le faire, c'est un bonheur de jouer à l'Arsenal, cette salle est si belle, on peut jouer avec l'acoustique et les sonorités." C'est sûr que ce n'est pas le gymnase de Villers-Côtterets ! Puis elle me raconte sa tournée en Corée et son voyage à New-York. Comme au bon vieux temps de la prépa ! Et puis elle prend de mes nouvelles "Tu travailles donc ? Ca y est, fini les études ?" Eh oui... "Amnesty International, wahou ! Et rue Montorgueuil, sympa !" Et la musique ? Je lui dis que je continue à chanter, mais que le piano c'est compliqué car je n'ai pas assez de place à Paris. Je lui parle de Berlioz et elle s'exclame "Mais tu as chanté ?? En même temps, j'ai cru te voir hier et je me suis dit que ce n'était pas possible que tu sois là !" Puis elle ajoute "Mais pourquoi tu n'es pas venue me faire un bisou alors ??" Si elle savait comme j'en ai eu envie ... Puis elle finit sur un "Si tu reviens nous écouter, fais-moi un petit mot sur Messenger et on essayera de se voir avant !"Avec plaisir, oui.

Oh Lydie ♥