Leplusfort

Cela va faire trois semaines que j'ai participé au stage Libérer sa voix animé par Guylaine et je n'arrive pas très bien à remettre de l'ordre dans ma tête. J'ai fait ça ! CA ! J'ai le sentiment d'avoir fait un énorme pas en avant et surtout, je me sens incroyablement chanceuse d'avoir rencontré de si belles personnes. Je suis bouleversée par la tendresse avec laquelle Guylaine a pris soin de moi et de la patience dont elle a fait preuve, mais aussi de l'amour que tous les autres m'ont communiqué, alors qu'on ne se connaissait que depuis quelques heures. C'est tellement précieux.

Maman et moi nous sommes perdues en chemin et je suis arrivée en retard. Lorsque j'arrive devant la porte à l'étage, j'hésite un moment, j'ai un poids sur la poitrine qui me rappelle mes crises d'angoisse lyonnaises. Mais je me raisonne, si je suis arrivée jusqu'ici ce n'est pas un hasard, alors je respire un grand coup et finis par sonner. Isabelle m'ouvre la porte avec un grand sourire "Bienvenue ! Moi c'est Isabelle." Derrière elle, les uns et les autres finissent de boire leur café et discutent à bâtons rompus. J'arrive dans le salon sur la pointe des pieds, découvrant une magnifique et grande pièce ouverte avec une immense baie vitrée qui donne sur les montagnes. Idyllique ! Guylaine m'aperçoit et vient me trouver pour me faire un bisou : "Oh comme je suis contente que tu sois là ! Je voyais l'heure passer et j'ai cru que tu ne viendrais pas finalement !" C'est vrai que d'après mes courriels, elle pouvait tout à fait se demander si je n'allais pas renoncer. Moi-même je n'étais pas sûre de réussir à franchir le pas, et pourtant...

Me voilà embarquée dans un tour de table où chacun doit se présenter, dire depuis quand et où il chante. Guylaine donne d'abord la parole à Florence juste à côté d'elle, puis elle passe directement à moi : "Si tu avais attendu ton tour, tu aurais eu le coeur qui battait un peu plus vite à chaque personne se rapprochant de toi, donc je me suis dit que j'allais t'épargner ce stress !" Je bafouille pour dire simplement que je chante depuis près de dix ans dans une chorale. Guylaine me dit "Mais tu chantes avec qui ?" Euh... à Paris avec Mariette, ancienne ingénieure du son des Fous. "Et c'est tout ?" Je chante avec Jacky aussi. Murmure parmi les choristes "Ah d'accord, elle doit avoir un super niveau." Cette rumeur me met tellement mal à l'aise ! Mais heureusement, Guylaine vole à mon secours et ajoute "Claire est très timide, je suis déjà très contente qu'elle soit venue, jusqu'au dernier moment je me suis dit qu'elle allait finir par annuler, vu le peu de confiance en elle qui transparaissait dans ses courriels. Et aussi, je dois vous dire qu'elle n'a pas choisi de chanson à vous interpréter car ça lui semble insurmontable. Je lui ai dit qu'elle pouvait venir quand même et je suis heureuse qu'elle soit là." Les autres applaudissent pour m'encourager, on est loin des murmures de tout à l'heure et je suis très émue par leur bienveillance... wahou !

La matinée est consacrée à des exercices vocaux. Elle sollicite l'un ou l'autre pour faire des vocalises en solo et à chaque exercice, j'ai peur qu'elle dise mon prénom, mais elle me laisse tranquille. Puis je sympathise timidement avec quelques personnes pendant le déjeuner, il y a une très belle ambiance et Isabelle est une hôte parfaite. L'après-midi démarre fort avec un exercice bien difficile : chacun doit chanter la phrase "J'aurais voulu être un artiste" dans différentes tonalités proposées par Guylaine. Mon tour arrive bien trop rapidement et je n'arrive pas à sortir un son, je n'ose pas. Elle me donne la note et malgré ses tentatives de mise en confiance et la bienveillance du groupe, le son reste bloqué, je n'y arrive pas. J'ai l'impression d'être ridicule, on pourrait penser que je le fais exprès, mais je n'y arrive physiquement pas. Alors Guylaine prend sa chaise pour se mettre face à moi, mais spontanément je recule la mienne d'un mètre. Tout le monde rigole, mais ça ne m'a pas détendue du tout... Une fois face à moi, elle me prend les mains et me dit : "On va chanter ensemble, d'accord ?" Elle me demande quelle voix je chante, je réponds "Alto". Surprise, elle réplique : "Chez Jacky tu fais alto toi ?" Oui !

Elle me propose de chanter avec elle, comme sur un CD de travail. Au début, je n'ai pas osé, la laissant faire quelques phrases toute seule, en boucle. Puis j'ai avalé la boule que j'avais dans la gorge, fermé les yeux et j'ai fini par me jeter à l'eau (mais toujours par-dessus sa voix, pas seule !) Guylaine s'est alors exclamée : "Mais ça chante comme un ange !" Que ce soit elle que j'admire tellement, qui a une voix si merveilleuse, qui dise ça... wow. J'étais bouleversée ! J'ai fixé son regard pendant une ou deux secondes et j'y ai puisé une énergie incroyable qui fait que j'ai osé regarder vers les autres. J'ai alors vu leurs yeux écarquillés et humides. C'était irréel ! Ils semblaient émus de découvrir ma voix, je ne sais pas pourquoi. Je n'ai chanté qu'une phrase, par-dessus la voix de Guylaine.

Guylaine a continué à me faire chanter d'autres "J'aurais voulu être un artiste" dans des tonalités différentes, mais toujours avec elle, toute seule je n'en aurais pas été capable. J'ai pris un peu confiance. Elle m'a fait chanter aussi bien dans les graves que dans les aigus et m'a dit : "Mais en fait tu peux chanter la voix que tu veux !" Ca m'a surprise car dans notre groupe, il y avait beaucoup de fausses alti qu'elle invitait à passer en soprane. Mais elle m'a dit "C'est très rare, mais ta voix est belle dans les graves et dans les aigus, tu peux t'y balader comme tu veux, c'est génial ! En général, une soprano n'a pas de jolis graves." On a continué à enchaîner les "J'aurais voulu être un artiste" et à un moment, elle m'a lâchée sur le "voulu". J'ai chanté ce mot toute seule et j'ai arrêté immédiatement. Elle m'a fait un long bisou sur la joue, j'étais toute remuée. Je me suis recroquevillée sur moi-même, la tête entre les mains. J'ai respiré fort quelques secondes, puis j'ai relevé la tête, les autres étaient en train de pleurer. C'était irréel, complètement irréel... Je n'ai pas les mots. Ils m'ont tous dit que j'avais une belle voix, je les ai émus juste avec ça, mais ce n'est pas moi ! C'est Guylaine qui émeut les gens avec sa belle voix, pas moi ! Et sur une si courte phrase...

La deuxième partie de l'après-midi, quelques personnes ont commencé à interpréter leur chanson. Valérie a chanté "Skyfall", Jean "Là où je t'emmènerai", Christine "Pour les enfants du monde entier", Florence "J'voulais vous parler des femmes". Il y a eu de très belles choses, j'ai découvert un peu la personnalité de chacun. Et puis est venu le soir... Pendant le repas, Guylaine répétait à tout le monde "Il faut saouler Claire, faites-la boire !" Elle m'a servi du vin mais je n'ai pas abusé, j'avais bien compris l'idée qu'elle avait derrière la tête.

Pendant un moment de flottement où des petits groupes discutaient par-ci par-là, elle est venue me demander si je n'avais vraiment pas envie de faire une chanson, j'ai d'abord répondu que non, catégoriquement. Elle m'a demandé ce qui me bloquait tellement, au-delà de ma timidité. Je lui ai dit que j'avais peur de chanter faux, que toute mon enfance on m'avait répété que je chantais faux et que c'était préférable que je me taise. Et depuis, j'ai découvert la chorale, j'étais telnent émerveillée que je ne pouvais pas rester dans le public, mais je n'ai jamais dépassé cette peur de chanter faux et quand je ne suis pas sûre à 400% je ne chante pas. Et dès que je me sens écoutée, que je suis stressée ou pas très concentrée, je perds confiance et je chante faux. Elle avait une douceur incroyable dans le regard et m'a dit "Tu sais Claire, si tes amis t'ont fortement encouragée à faire ce stage, ce n'est pas pour rien. Tu chantes bien, très bien même. T'es-tu douée pour l'équitation toi ? Bah moi non plus. Mais t'es douée pour le chant, y'a pas de doute. Et j'aimerais que tu chantes avec moi, qu'on offre ce beau cadeau aux autres. Quelle chanson on pourrait connaître toutes les deux ?" Face à tellement de bienveillance et de tendresse dans le regard, je sentais que j'allais peut-être finir par céder. J'ai réfléchi, j'ai fini par avouer que j'avais essayé chez moi "Quand les hommes vivront d'amour" et "Le plus fort c'est mon père" et que c'est ce dernier que je connaissais mieux, qui me faisait le moins peur niveau justesse (même si j'ai pensé très fort, sans le lui dire, qu'émotionnellement ça serait compliqué). Elle m'a dit "Ah oui, ça on peut le chanter ensemble." Je lui ai fait promettre qu'elle ne me lâche pas. Elle m'a dit "Juste sur un mot : père". J'ai dit "Oh non, et surtout pas celui-là !" Elle m'a fait un clin d'oeil et m'a dit "On verra !"

Après le repas, on a éteint les lumières, il n'y avait plus que le feu dans la cheminée qui éclairait. C'était une super belle ambiance. Guylaine est venue me chercher, elle a pris ma main et a annoncé : "Claire et moi on a une petite surprise pour vous !" J'étais complètement affolée. Déjà ? Elle m'a demandé si j'avais des problèmes pour m'asseoir par terre et on s'est assises devant la cheminée. Son téléphone sur lequel elle avait besoin des paroles dans une main et son autre main caressant mon dos. Allan a mis la musique en route. J'avais la gorge toute nouée. Guylaine a commencé à chanter, j'ai laissé passer quelques mesures et je l'ai suivie. Quand j'écris tout ça, j'ai encore des frissons... J'ai fermé les yeux et j'ai commencé à chanter avec elle, comme si j'étais dans ma voiture et qu'il n'y avait personne autour. Il s'est passé un truc très très fort en moi, vraiment très fort, que je ne saurais pas décrire. J'ai fait ça ! Pendant le pont musical, Guylaine m'a soufflé : "Tellement fière de toi ma belle ! Je ne te lâcherai jamais !" Je n'ai pas osé rouvrir les yeux de toute la chanson. Puis la partie de chant s'est finie, les dernières notes de piano se sont envolées. Et je n'ai plus compris ce qui se passait. Guylaine m'a serrée fort fort fort dans ses bras. Je crois que les autres ont applaudi, je ne sais plus. Chloé (une jeune fille de 16 ans pleine de fraîcheur et une voix incroyable) s'est levée immédiatement pour me prendre aussi dans ses bras. J'ai senti d'autres bras, d'autres bisous sur ma joue, des mots gentils, un mouchoir tendu et j'entendais les reniflements. Je tremblais, j'étais repliée sur moi-même, la tête dans les mains et j'ai fini par éclater en sanglots. Je me suis demandé si mon père était dans la pièce...

Je n'avais pas pleuré depuis six mois, depuis la mort de ma grand-mère le 14 juin dernier et l'enterrement qui était la copie conforme de l'enterrement de mon père (même cercueil, même église, même prêtre, mêmes personnes présentes, même tombeau). Il y avait tellement d'amour et d'émotion dans la pièce... c'était indescriptible. Chloé m'a emmenée dans la cuisine à côté pour que je prenne une pause. Je me suis assise par terre contre le mur, elle m'a servi un verre d'eau. Je ne me rappelle plus de tout ce que Chloé a dit à cet instant, mais qu'elle avait été très émue, que j'étais la seule à l'avoir fait frissonner, qu'elle ne comprenait pas pourquoi j'avais aussi peur de chanter, que je devais enregistrer des CD et qu'elle était super fière de moi. On est restées silencieuses comme ça, assises par terre contre le mur main dans la main, et Magali a commencé sa chanson. Une découverte pour moi, "Toutes ces choses" de Céline Dion. Je ferme les yeux et j'écoute Magali chanter cette jolie liste, je suis très émue. J'ai encore pleuré, mais peut-être aussi parce que j'étais déjà très à fleur de peau après ma chanson.

Quand elle l'a rechantée une deuxième fois, Chloé et moi sommes retournées nous asseoir avec les autres, mais par terre. C'était magique. Je crois que c'était mon moment préféré : les chansons des autres autour de la cheminée, après que je sois passée. Véronique a chanté "Je n'écris pas sur toi", Chloé "Memory" en français et Isabelle une très belle chanson dont je n'ai pas retenu le titre. Le groupe est génial, vraiment. Des personnes merveilleuses qui se sont enveloppées les unes les autres de douceur et de musique.

A la fin de la soirée, au moment de partir, j'ai découvert quelque chose qui m'a beaucoup étonnée : tout le monde m'a dit que Guylaine ne chantait pas et elle m'a assuré qu'elle ne faisait que murmurer à mon oreille. Pourtant, je l'entendais comme sur un CD de travail, tout aussi distinctement ! Elle m'a dit que non, que c'était ma voix à moi que j'avais entendue... Tout le monde m'a dit qu'ils n'avaient pas entendu Guylaine, qu'on n'entendait que moi. Ce n'est pas possible, elle était juste là et moi, je ne sais pas chanter toute seule !

Le lendemain matin, après un bel échauffement, celles qui ne sont pas passées la veille ont chanté. Nicole nous a offert un incroyable "Amsterdam", Delphine "La vie ne m'apprend rien" avec toutes ses convictions, sa force et sa fragilité, et Régine tout aussi timide et incertaine que moi m'a émue avec son "J'envoie valser" main dans la main avec Guylaine.

Le midi, nous avons préparé le repas tous ensemble, je nettoyais la salade avec Delphine et Guylaine est venue discuter avec nous. Au détour d'une conversation banale, elle m'a dit : "Je me suis demandé hier soir si mon papa n'était pas là, s'il ne t'avait pas aidée à chanter." J'étais troublée par cette déclaration et j'ai répété : "Ton papa ?" Et elle : "Oui, tu sais, il est décédé et j'ai senti quelque chose de très fort au-dessus de nos têtes. Je me suis demandé si tu n'avais pas réveillé mon papa, j'ai eu l'impression qu'il était là avec nous, que tu l'as fait venir." J'ai murmuré : "Le mien aussi est décédé..." Elle a eu un sourire surpris "C'est vrai ?". C'est la première fois qu'on réagissait ainsi à l'annonce de la mort de mon père, c'était naïf et doux. J'ai ajouté : "J'espère alors qu'il était là avec le tien." Elle m'a fait un bisou et m'a dit : "Je sais que oui, j'ai senti une belle présence, des âmes qui emplissaient toute la pièce." J'ai alors avoué à Guylaine qu'en chantant, elle m'avait permis de me libérer, que je n'avais pas pleuré depuis six mois.

Un peu plus tard en mangeant, Delphine et moi avons un peu échangé. Elle m'a parlé de son métier - prof dans un lycée agricole - qui la passionne, de sa volonté de bâtir un monde meilleur et son regret de ne pouvoir agir qu'à petite échelle, de mon engagement à Amnesty. Puis la conversation a dérivé sur nos prestations, inévitablement sur mon père, puis la mort de mes deux grands-mères et du fait que je n'avais plus de grands-parents, juste ma mère et ma soeur. Elle m'a alors dit, émue : "Oh oui, ils étaient tous là au concert hier, et ils auraient payé bien plus que 358€ pour t'écouter !" C'était troublant et beau. D'autant que Delphine m'a fait pleurer avec son interprétation, j'avais des frissons sur les deux tiers de la chanson. Cette femme a une force incroyable, mais tellement de sincérité et des failles qu'on aperçoit seulement si l'on gratte un peu que c'en est extrêmement touchant. Une très très belle rencontre.

Le dimanche après-midi, on a fait un exercice intéressant. Guylaine avait imprimé les textes des chansons de chacun en un seul paragraphe, sans ponctuation ni majuscules. Elle a distribué les textes au hasard et on a dû remettre la ponctuation, puis lire notre texte à l'interprète de la chanson en question. "Le plus fort c'est mon père" n'était pas dans le lot puisque je n'avais pas donné de titre à Guylaine en amont. Mais elle m'a confié "Je n'écris pas sur toi", une merveilleuse chanson de Zazie. Je l'ai lue à Véronique qui l'avait interprétée hier. Même le simple fait de lire devant tout le monde m'a demandé pas mal d'effort et j'ai inspiré plusieurs fois avant de me jeter à l'eau. Mais c'est un si beau texte et j'ai vraiment eu à coeur de le lire avec la bonne intention. Et bizarrement, alors que les autres n'ont pas été applaudis pour leurs lectures, je l'ai été. Ca m'a fait tout drôle et Guylaine m'a dit que c'était dommage que je ne m'exprime pas plus parce que je savais donner un poids aux mots et que j'étais très juste. J'étais touchée... une fois encore.

Pour la fin d'après-midi, Guylaine m'a de nouveau convaincue de chanter pendant la petite aubade finale où chacun rechantait sa chanson. Mais je n'étais toujours pas prête à le faire seule. Elle m'a dit : "Je ne t'abandonnerai jamais." J'étais juste devant Allan qui faisait la programmation, il voulait me faire passer en deuxième, je lui ai demandé d'attendre un peu. Et il a bien fallu me lancer. Guylaine a pris des chaises cette fois-ci (plus question d'être par terre) et elle voulait que je me tourne vers le groupe. Je lui ai dit non, j'ai retourné les chaises vers le mur et la cheminée, j'avais trop peur. Elle m'a dit "Il ne fait pas assez sombre, c'est ça ?" J'ai acquiescé, elle a souri et on a recommencé l'expérience. J'ai senti ma voix s'emplir de larmes sur certaines phrases et quand arrivaient les paroles "J'le disais y'a longtemps, t'as d'la chance maman, le plus fort c'est mon père" je sentais la main de Guylaine me serrer plus fort. Cette attention m'a tellement touchée. Tellement tellement tellement touchée... Pas de larmes cette fois-ci, juste une seule qui a coulé le long de ma joue à la fin. Mais je tremblais comme une feuille. C'était fort. A la fin, elle m'a dit "Je ne te lâcherai jamais ! Merci pour ta confiance, je suis tellement fière de toi !". J'ai fermé les yeux et j'ai attendu un moment pour bouger. Le groupe applaudissait, j'entendais toujours les reniflements et les mouchoirs... Et Guylaine a annoncé pour détendre l'atmosphère : "Bon bah vous avez devant vous une vraie championne de la chanson !" C'est elle qui dit ça ? Elle, Guylaine à la voix d'ange ? Elle qui maîtrise parfaitement le chant ? Elle ?

J'ai repris ma place dans le cercle en baissant la tête, n'osant croiser le regard des autres. Véronique (ma voisine à qui j'ai lu le texte de Zazie) m'a mis la main sur l'épaule et m'a dit : "Tu devrais prendre confiance en toi, c'est vraiment très beau. Je ne comprends pas de quoi tu as peur." Je n'ai pas répondu, mais je lui ai fait un sourire sans doute un peu de travers étant donné mon état d'émotion intense, mais plein de reconnaissance.

Le concert a continué, j'étais si bien en écoutant les autres pour cette fin de stage. Je les regardais tous et je me disais combien j'étais chanceuse d'avoir été au sein d'un tel groupe, de rencontrer d'aussi belles personnes. Chacune d'elles mérite de prendre confiance, de s'affirmer car elles rayonnent. Toutes ces personnes m'ont fait énormément de bien. C'est Isabelle qui a terminé en beauté, c'était magnifique.

Mon deuxième moment préféré, triste mais plein de promesses, a été celui des au-revoir. On a pris le temps de se serrer dans les bras, de se dire des belles choses et j'ai beaucoup beaucoup beaucoup pleuré. Peut-être plus encore que la veille en interprétant ma chanson. Qu'il était difficile de quitter cette bulle, mais je garde de ce moment l'émerveillement d'avoir pour une fois véritablement dépassé mes limites et tous ces témoignages d'amour. Ils m'ont dit tellement de belles choses sur moi... Je ne peux même pas les écrire, j'aurais l'impression d'être tellement prétentieuse, ce n'est pas possible qu'ils m'aient attribués de tels qualificatifs ! C'est comme Stéphane l'année dernière après le spectacle, le même genre de discours. C'était très fort comme moment, j'ai reçu une vague de messages très touchants que je garderai toujours dans mon coeur tant ils m'ont émue. Etait-ce bien pour moi ? Cela me semble complètement irréel. Je suis chanceuse d'avoir rencontré de telles personnes. Florence et ses étreintes pleines d'énergie positive. Isabelle, notre merveilleuse hôte au grand coeur, magicienne de la voix, des mots et du parmentier. Chloé, sa pureté et sa naïveté. Magali, si touchante. Nicole, notre ténor(e) au coeur chamallow. Delphine, forte et fragile au coeur immense qui chante ses idéaux. Véronique avec qui le courant est passé immédiatement. Christine qui nous dessine un monde meilleur. Régine, l'autre grande timide qui m'a beaucoup émue. Quelle équipe !

En sortant, j'ai trouvé Guylaine dehors car Thierry était en pleine crise d'asthme. Elle l'a lâché un tout petit peu pour me faire encore un bisou, me dire bravo et merci. Je lui ai dit que je ne pensais pas me rendre aussi loin et elle m'a dit : "Moi non plus je ne pensais pas que tu en arriverais là. Je suis fière de toi et merci de la confiance que tu me donnes, c'est un très beau cadeau !" Je suis partie et je lui ai dit à dans un mois pour les Voix Timbrées, son visage s'est illuminé. Ca m'a touchée, tellement tellement tellement touchée. Elle semblait heureuse de me revoir ! Moi, Claire... juste Claire ! J'ai eu un tel coup de coeur pour Guylaine lorsque je suis venue aux Fous pour la première fois (avec toute la maladresse de mes 17 ans : http://je-s0ngerai.skyrock.com/4.html), alors qu'elle sache qui je suis, qu'elle prenne soin de moi ainsi pendant tout le week-end, qu'elle me remercie de lui avoir accordé ma confiance et qu'elle soit heureuse de me revoir bientôt, c'est surréaliste !

En rentrant chez moi, je lui ai écrit un petit message pour la remercier et lui dire qu'elle était une magicienne. Elle m'a répondu "Merci pour tous ces mots et pour l'immense cadeau de ta confiance. C'est aussi pour moi inestimable". Oh Guylaine !

Voilà en quelques mots mon week-end. C'était magique et je n'en reviens pas d'avoir fait tout ça. Cependant, je ne suis pas soliste, je n'ai pas osé chanter toute seule (même une malheureuse phrase "J'aurais voulu être une artiste" c'est trop) et si j'ai chanté devant le groupe, c'est parce que Guylaine était avec moi. Si je n'avais pas eu sa voix pour me guider, sa voix comme filet, comme sur un CD, je n'aurais pas été capable de le faire. Et puis c'était encore mieux qu'un CD, elle prenait ma main et m'enveloppait de sa douceur. Mais c'est déjà une belle avancée, même si être sur le devant de la scène pendant trois minutes ne me plaît pas du tout, au moins j'ai pu me libérer, chanter une chanson qui me tient à coeur et avoir des retours bien au-delà de ce que je mérite, mais qui font du bien à entendre malgré tout.

Un pas de plus vers moi ? Je vais puiser mes forces dans tout cet amour que j'ai reçu. "Si j'étais moi, ni la montagne à gravir ni de trouver les mots pour le dire ne me ferait peur..."