J'aurais aimé être une artiste.

29.01.17

Libérer sa voix.

Leplusfort

Cela va faire trois semaines que j'ai participé au stage Libérer sa voix animé par Guylaine et je n'arrive pas très bien à remettre de l'ordre dans ma tête. J'ai fait ça ! CA ! J'ai le sentiment d'avoir fait un énorme pas en avant et surtout, je me sens incroyablement chanceuse d'avoir rencontré de si belles personnes. Je suis bouleversée par la tendresse avec laquelle Guylaine a pris soin de moi et de la patience dont elle a fait preuve, mais aussi de l'amour que tous les autres m'ont communiqué, alors qu'on ne se connaissait que depuis quelques heures. C'est tellement précieux.

Maman et moi nous sommes perdues en chemin et je suis arrivée en retard. Lorsque j'arrive devant la porte à l'étage, j'hésite un moment, j'ai un poids sur la poitrine qui me rappelle mes crises d'angoisse lyonnaises. Mais je me raisonne, si je suis arrivée jusqu'ici ce n'est pas un hasard, alors je respire un grand coup et finis par sonner. Isabelle m'ouvre la porte avec un grand sourire "Bienvenue ! Moi c'est Isabelle." Derrière elle, les uns et les autres finissent de boire leur café et discutent à bâtons rompus. J'arrive dans le salon sur la pointe des pieds, découvrant une magnifique et grande pièce ouverte avec une immense baie vitrée qui donne sur les montagnes. Idyllique ! Guylaine m'aperçoit et vient me trouver pour me faire un bisou : "Oh comme je suis contente que tu sois là ! Je voyais l'heure passer et j'ai cru que tu ne viendrais pas finalement !" C'est vrai que d'après mes courriels, elle pouvait tout à fait se demander si je n'allais pas renoncer. Moi-même je n'étais pas sûre de réussir à franchir le pas, et pourtant...

Me voilà embarquée dans un tour de table où chacun doit se présenter, dire depuis quand et où il chante. Guylaine donne d'abord la parole à Florence juste à côté d'elle, puis elle passe directement à moi : "Si tu avais attendu ton tour, tu aurais eu le coeur qui battait un peu plus vite à chaque personne se rapprochant de toi, donc je me suis dit que j'allais t'épargner ce stress !" Je bafouille pour dire simplement que je chante depuis près de dix ans dans une chorale. Guylaine me dit "Mais tu chantes avec qui ?" Euh... à Paris avec Mariette, ancienne ingénieure du son des Fous. "Et c'est tout ?" Je chante avec Jacky aussi. Murmure parmi les choristes "Ah d'accord, elle doit avoir un super niveau." Cette rumeur me met tellement mal à l'aise ! Mais heureusement, Guylaine vole à mon secours et ajoute "Claire est très timide, je suis déjà très contente qu'elle soit venue, jusqu'au dernier moment je me suis dit qu'elle allait finir par annuler, vu le peu de confiance en elle qui transparaissait dans ses courriels. Et aussi, je dois vous dire qu'elle n'a pas choisi de chanson à vous interpréter car ça lui semble insurmontable. Je lui ai dit qu'elle pouvait venir quand même et je suis heureuse qu'elle soit là." Les autres applaudissent pour m'encourager, on est loin des murmures de tout à l'heure et je suis très émue par leur bienveillance... wahou !

La matinée est consacrée à des exercices vocaux. Elle sollicite l'un ou l'autre pour faire des vocalises en solo et à chaque exercice, j'ai peur qu'elle dise mon prénom, mais elle me laisse tranquille. Puis je sympathise timidement avec quelques personnes pendant le déjeuner, il y a une très belle ambiance et Isabelle est une hôte parfaite. L'après-midi démarre fort avec un exercice bien difficile : chacun doit chanter la phrase "J'aurais voulu être un artiste" dans différentes tonalités proposées par Guylaine. Mon tour arrive bien trop rapidement et je n'arrive pas à sortir un son, je n'ose pas. Elle me donne la note et malgré ses tentatives de mise en confiance et la bienveillance du groupe, le son reste bloqué, je n'y arrive pas. J'ai l'impression d'être ridicule, on pourrait penser que je le fais exprès, mais je n'y arrive physiquement pas. Alors Guylaine prend sa chaise pour se mettre face à moi, mais spontanément je recule la mienne d'un mètre. Tout le monde rigole, mais ça ne m'a pas détendue du tout... Une fois face à moi, elle me prend les mains et me dit : "On va chanter ensemble, d'accord ?" Elle me demande quelle voix je chante, je réponds "Alto". Surprise, elle réplique : "Chez Jacky tu fais alto toi ?" Oui !

Elle me propose de chanter avec elle, comme sur un CD de travail. Au début, je n'ai pas osé, la laissant faire quelques phrases toute seule, en boucle. Puis j'ai avalé la boule que j'avais dans la gorge, fermé les yeux et j'ai fini par me jeter à l'eau (mais toujours par-dessus sa voix, pas seule !) Guylaine s'est alors exclamée : "Mais ça chante comme un ange !" Que ce soit elle que j'admire tellement, qui a une voix si merveilleuse, qui dise ça... wow. J'étais bouleversée ! J'ai fixé son regard pendant une ou deux secondes et j'y ai puisé une énergie incroyable qui fait que j'ai osé regarder vers les autres. J'ai alors vu leurs yeux écarquillés et humides. C'était irréel ! Ils semblaient émus de découvrir ma voix, je ne sais pas pourquoi. Je n'ai chanté qu'une phrase, par-dessus la voix de Guylaine.

Guylaine a continué à me faire chanter d'autres "J'aurais voulu être un artiste" dans des tonalités différentes, mais toujours avec elle, toute seule je n'en aurais pas été capable. J'ai pris un peu confiance. Elle m'a fait chanter aussi bien dans les graves que dans les aigus et m'a dit : "Mais en fait tu peux chanter la voix que tu veux !" Ca m'a surprise car dans notre groupe, il y avait beaucoup de fausses alti qu'elle invitait à passer en soprane. Mais elle m'a dit "C'est très rare, mais ta voix est belle dans les graves et dans les aigus, tu peux t'y balader comme tu veux, c'est génial ! En général, une soprano n'a pas de jolis graves." On a continué à enchaîner les "J'aurais voulu être un artiste" et à un moment, elle m'a lâchée sur le "voulu". J'ai chanté ce mot toute seule et j'ai arrêté immédiatement. Elle m'a fait un long bisou sur la joue, j'étais toute remuée. Je me suis recroquevillée sur moi-même, la tête entre les mains. J'ai respiré fort quelques secondes, puis j'ai relevé la tête, les autres étaient en train de pleurer. C'était irréel, complètement irréel... Je n'ai pas les mots. Ils m'ont tous dit que j'avais une belle voix, je les ai émus juste avec ça, mais ce n'est pas moi ! C'est Guylaine qui émeut les gens avec sa belle voix, pas moi ! Et sur une si courte phrase...

La deuxième partie de l'après-midi, quelques personnes ont commencé à interpréter leur chanson. Valérie a chanté "Skyfall", Jean "Là où je t'emmènerai", Christine "Pour les enfants du monde entier", Florence "J'voulais vous parler des femmes". Il y a eu de très belles choses, j'ai découvert un peu la personnalité de chacun. Et puis est venu le soir... Pendant le repas, Guylaine répétait à tout le monde "Il faut saouler Claire, faites-la boire !" Elle m'a servi du vin mais je n'ai pas abusé, j'avais bien compris l'idée qu'elle avait derrière la tête.

Pendant un moment de flottement où des petits groupes discutaient par-ci par-là, elle est venue me demander si je n'avais vraiment pas envie de faire une chanson, j'ai d'abord répondu que non, catégoriquement. Elle m'a demandé ce qui me bloquait tellement, au-delà de ma timidité. Je lui ai dit que j'avais peur de chanter faux, que toute mon enfance on m'avait répété que je chantais faux et que c'était préférable que je me taise. Et depuis, j'ai découvert la chorale, j'étais telnent émerveillée que je ne pouvais pas rester dans le public, mais je n'ai jamais dépassé cette peur de chanter faux et quand je ne suis pas sûre à 400% je ne chante pas. Et dès que je me sens écoutée, que je suis stressée ou pas très concentrée, je perds confiance et je chante faux. Elle avait une douceur incroyable dans le regard et m'a dit "Tu sais Claire, si tes amis t'ont fortement encouragée à faire ce stage, ce n'est pas pour rien. Tu chantes bien, très bien même. T'es-tu douée pour l'équitation toi ? Bah moi non plus. Mais t'es douée pour le chant, y'a pas de doute. Et j'aimerais que tu chantes avec moi, qu'on offre ce beau cadeau aux autres. Quelle chanson on pourrait connaître toutes les deux ?" Face à tellement de bienveillance et de tendresse dans le regard, je sentais que j'allais peut-être finir par céder. J'ai réfléchi, j'ai fini par avouer que j'avais essayé chez moi "Quand les hommes vivront d'amour" et "Le plus fort c'est mon père" et que c'est ce dernier que je connaissais mieux, qui me faisait le moins peur niveau justesse (même si j'ai pensé très fort, sans le lui dire, qu'émotionnellement ça serait compliqué). Elle m'a dit "Ah oui, ça on peut le chanter ensemble." Je lui ai fait promettre qu'elle ne me lâche pas. Elle m'a dit "Juste sur un mot : père". J'ai dit "Oh non, et surtout pas celui-là !" Elle m'a fait un clin d'oeil et m'a dit "On verra !"

Après le repas, on a éteint les lumières, il n'y avait plus que le feu dans la cheminée qui éclairait. C'était une super belle ambiance. Guylaine est venue me chercher, elle a pris ma main et a annoncé : "Claire et moi on a une petite surprise pour vous !" J'étais complètement affolée. Déjà ? Elle m'a demandé si j'avais des problèmes pour m'asseoir par terre et on s'est assises devant la cheminée. Son téléphone sur lequel elle avait besoin des paroles dans une main et son autre main caressant mon dos. Allan a mis la musique en route. J'avais la gorge toute nouée. Guylaine a commencé à chanter, j'ai laissé passer quelques mesures et je l'ai suivie. Quand j'écris tout ça, j'ai encore des frissons... J'ai fermé les yeux et j'ai commencé à chanter avec elle, comme si j'étais dans ma voiture et qu'il n'y avait personne autour. Il s'est passé un truc très très fort en moi, vraiment très fort, que je ne saurais pas décrire. J'ai fait ça ! Pendant le pont musical, Guylaine m'a soufflé : "Tellement fière de toi ma belle ! Je ne te lâcherai jamais !" Je n'ai pas osé rouvrir les yeux de toute la chanson. Puis la partie de chant s'est finie, les dernières notes de piano se sont envolées. Et je n'ai plus compris ce qui se passait. Guylaine m'a serrée fort fort fort dans ses bras. Je crois que les autres ont applaudi, je ne sais plus. Chloé (une jeune fille de 16 ans pleine de fraîcheur et une voix incroyable) s'est levée immédiatement pour me prendre aussi dans ses bras. J'ai senti d'autres bras, d'autres bisous sur ma joue, des mots gentils, un mouchoir tendu et j'entendais les reniflements. Je tremblais, j'étais repliée sur moi-même, la tête dans les mains et j'ai fini par éclater en sanglots. Je me suis demandé si mon père était dans la pièce...

Je n'avais pas pleuré depuis six mois, depuis la mort de ma grand-mère le 14 juin dernier et l'enterrement qui était la copie conforme de l'enterrement de mon père (même cercueil, même église, même prêtre, mêmes personnes présentes, même tombeau). Il y avait tellement d'amour et d'émotion dans la pièce... c'était indescriptible. Chloé m'a emmenée dans la cuisine à côté pour que je prenne une pause. Je me suis assise par terre contre le mur, elle m'a servi un verre d'eau. Je ne me rappelle plus de tout ce que Chloé a dit à cet instant, mais qu'elle avait été très émue, que j'étais la seule à l'avoir fait frissonner, qu'elle ne comprenait pas pourquoi j'avais aussi peur de chanter, que je devais enregistrer des CD et qu'elle était super fière de moi. On est restées silencieuses comme ça, assises par terre contre le mur main dans la main, et Magali a commencé sa chanson. Une découverte pour moi, "Toutes ces choses" de Céline Dion. Je ferme les yeux et j'écoute Magali chanter cette jolie liste, je suis très émue. J'ai encore pleuré, mais peut-être aussi parce que j'étais déjà très à fleur de peau après ma chanson.

Quand elle l'a rechantée une deuxième fois, Chloé et moi sommes retournées nous asseoir avec les autres, mais par terre. C'était magique. Je crois que c'était mon moment préféré : les chansons des autres autour de la cheminée, après que je sois passée. Véronique a chanté "Je n'écris pas sur toi", Chloé "Memory" en français et Isabelle une très belle chanson dont je n'ai pas retenu le titre. Le groupe est génial, vraiment. Des personnes merveilleuses qui se sont enveloppées les unes les autres de douceur et de musique.

A la fin de la soirée, au moment de partir, j'ai découvert quelque chose qui m'a beaucoup étonnée : tout le monde m'a dit que Guylaine ne chantait pas et elle m'a assuré qu'elle ne faisait que murmurer à mon oreille. Pourtant, je l'entendais comme sur un CD de travail, tout aussi distinctement ! Elle m'a dit que non, que c'était ma voix à moi que j'avais entendue... Tout le monde m'a dit qu'ils n'avaient pas entendu Guylaine, qu'on n'entendait que moi. Ce n'est pas possible, elle était juste là et moi, je ne sais pas chanter toute seule !

Le lendemain matin, après un bel échauffement, celles qui ne sont pas passées la veille ont chanté. Nicole nous a offert un incroyable "Amsterdam", Delphine "La vie ne m'apprend rien" avec toutes ses convictions, sa force et sa fragilité, et Régine tout aussi timide et incertaine que moi m'a émue avec son "J'envoie valser" main dans la main avec Guylaine.

Le midi, nous avons préparé le repas tous ensemble, je nettoyais la salade avec Delphine et Guylaine est venue discuter avec nous. Au détour d'une conversation banale, elle m'a dit : "Je me suis demandé hier soir si mon papa n'était pas là, s'il ne t'avait pas aidée à chanter." J'étais troublée par cette déclaration et j'ai répété : "Ton papa ?" Et elle : "Oui, tu sais, il est décédé et j'ai senti quelque chose de très fort au-dessus de nos têtes. Je me suis demandé si tu n'avais pas réveillé mon papa, j'ai eu l'impression qu'il était là avec nous, que tu l'as fait venir." J'ai murmuré : "Le mien aussi est décédé..." Elle a eu un sourire surpris "C'est vrai ?". C'est la première fois qu'on réagissait ainsi à l'annonce de la mort de mon père, c'était naïf et doux. J'ai ajouté : "J'espère alors qu'il était là avec le tien." Elle m'a fait un bisou et m'a dit : "Je sais que oui, j'ai senti une belle présence, des âmes qui emplissaient toute la pièce." J'ai alors avoué à Guylaine qu'en chantant, elle m'avait permis de me libérer, que je n'avais pas pleuré depuis six mois.

Un peu plus tard en mangeant, Delphine et moi avons un peu échangé. Elle m'a parlé de son métier - prof dans un lycée agricole - qui la passionne, de sa volonté de bâtir un monde meilleur et son regret de ne pouvoir agir qu'à petite échelle, de mon engagement à Amnesty. Puis la conversation a dérivé sur nos prestations, inévitablement sur mon père, puis la mort de mes deux grands-mères et du fait que je n'avais plus de grands-parents, juste ma mère et ma soeur. Elle m'a alors dit, émue : "Oh oui, ils étaient tous là au concert hier, et ils auraient payé bien plus que 358€ pour t'écouter !" C'était troublant et beau. D'autant que Delphine m'a fait pleurer avec son interprétation, j'avais des frissons sur les deux tiers de la chanson. Cette femme a une force incroyable, mais tellement de sincérité et des failles qu'on aperçoit seulement si l'on gratte un peu que c'en est extrêmement touchant. Une très très belle rencontre.

Le dimanche après-midi, on a fait un exercice intéressant. Guylaine avait imprimé les textes des chansons de chacun en un seul paragraphe, sans ponctuation ni majuscules. Elle a distribué les textes au hasard et on a dû remettre la ponctuation, puis lire notre texte à l'interprète de la chanson en question. "Le plus fort c'est mon père" n'était pas dans le lot puisque je n'avais pas donné de titre à Guylaine en amont. Mais elle m'a confié "Je n'écris pas sur toi", une merveilleuse chanson de Zazie. Je l'ai lue à Véronique qui l'avait interprétée hier. Même le simple fait de lire devant tout le monde m'a demandé pas mal d'effort et j'ai inspiré plusieurs fois avant de me jeter à l'eau. Mais c'est un si beau texte et j'ai vraiment eu à coeur de le lire avec la bonne intention. Et bizarrement, alors que les autres n'ont pas été applaudis pour leurs lectures, je l'ai été. Ca m'a fait tout drôle et Guylaine m'a dit que c'était dommage que je ne m'exprime pas plus parce que je savais donner un poids aux mots et que j'étais très juste. J'étais touchée... une fois encore.

Pour la fin d'après-midi, Guylaine m'a de nouveau convaincue de chanter pendant la petite aubade finale où chacun rechantait sa chanson. Mais je n'étais toujours pas prête à le faire seule. Elle m'a dit : "Je ne t'abandonnerai jamais." J'étais juste devant Allan qui faisait la programmation, il voulait me faire passer en deuxième, je lui ai demandé d'attendre un peu. Et il a bien fallu me lancer. Guylaine a pris des chaises cette fois-ci (plus question d'être par terre) et elle voulait que je me tourne vers le groupe. Je lui ai dit non, j'ai retourné les chaises vers le mur et la cheminée, j'avais trop peur. Elle m'a dit "Il ne fait pas assez sombre, c'est ça ?" J'ai acquiescé, elle a souri et on a recommencé l'expérience. J'ai senti ma voix s'emplir de larmes sur certaines phrases et quand arrivaient les paroles "J'le disais y'a longtemps, t'as d'la chance maman, le plus fort c'est mon père" je sentais la main de Guylaine me serrer plus fort. Cette attention m'a tellement touchée. Tellement tellement tellement touchée... Pas de larmes cette fois-ci, juste une seule qui a coulé le long de ma joue à la fin. Mais je tremblais comme une feuille. C'était fort. A la fin, elle m'a dit "Je ne te lâcherai jamais ! Merci pour ta confiance, je suis tellement fière de toi !". J'ai fermé les yeux et j'ai attendu un moment pour bouger. Le groupe applaudissait, j'entendais toujours les reniflements et les mouchoirs... Et Guylaine a annoncé pour détendre l'atmosphère : "Bon bah vous avez devant vous une vraie championne de la chanson !" C'est elle qui dit ça ? Elle, Guylaine à la voix d'ange ? Elle qui maîtrise parfaitement le chant ? Elle ?

J'ai repris ma place dans le cercle en baissant la tête, n'osant croiser le regard des autres. Véronique (ma voisine à qui j'ai lu le texte de Zazie) m'a mis la main sur l'épaule et m'a dit : "Tu devrais prendre confiance en toi, c'est vraiment très beau. Je ne comprends pas de quoi tu as peur." Je n'ai pas répondu, mais je lui ai fait un sourire sans doute un peu de travers étant donné mon état d'émotion intense, mais plein de reconnaissance.

Le concert a continué, j'étais si bien en écoutant les autres pour cette fin de stage. Je les regardais tous et je me disais combien j'étais chanceuse d'avoir été au sein d'un tel groupe, de rencontrer d'aussi belles personnes. Chacune d'elles mérite de prendre confiance, de s'affirmer car elles rayonnent. Toutes ces personnes m'ont fait énormément de bien. C'est Isabelle qui a terminé en beauté, c'était magnifique.

Mon deuxième moment préféré, triste mais plein de promesses, a été celui des au-revoir. On a pris le temps de se serrer dans les bras, de se dire des belles choses et j'ai beaucoup beaucoup beaucoup pleuré. Peut-être plus encore que la veille en interprétant ma chanson. Qu'il était difficile de quitter cette bulle, mais je garde de ce moment l'émerveillement d'avoir pour une fois véritablement dépassé mes limites et tous ces témoignages d'amour. Ils m'ont dit tellement de belles choses sur moi... Je ne peux même pas les écrire, j'aurais l'impression d'être tellement prétentieuse, ce n'est pas possible qu'ils m'aient attribués de tels qualificatifs ! C'est comme Stéphane l'année dernière après le spectacle, le même genre de discours. C'était très fort comme moment, j'ai reçu une vague de messages très touchants que je garderai toujours dans mon coeur tant ils m'ont émue. Etait-ce bien pour moi ? Cela me semble complètement irréel. Je suis chanceuse d'avoir rencontré de telles personnes. Florence et ses étreintes pleines d'énergie positive. Isabelle, notre merveilleuse hôte au grand coeur, magicienne de la voix, des mots et du parmentier. Chloé, sa pureté et sa naïveté. Magali, si touchante. Nicole, notre ténor(e) au coeur chamallow. Delphine, forte et fragile au coeur immense qui chante ses idéaux. Véronique avec qui le courant est passé immédiatement. Christine qui nous dessine un monde meilleur. Régine, l'autre grande timide qui m'a beaucoup émue. Quelle équipe !

En sortant, j'ai trouvé Guylaine dehors car Thierry était en pleine crise d'asthme. Elle l'a lâché un tout petit peu pour me faire encore un bisou, me dire bravo et merci. Je lui ai dit que je ne pensais pas me rendre aussi loin et elle m'a dit : "Moi non plus je ne pensais pas que tu en arriverais là. Je suis fière de toi et merci de la confiance que tu me donnes, c'est un très beau cadeau !" Je suis partie et je lui ai dit à dans un mois pour les Voix Timbrées, son visage s'est illuminé. Ca m'a touchée, tellement tellement tellement touchée. Elle semblait heureuse de me revoir ! Moi, Claire... juste Claire ! J'ai eu un tel coup de coeur pour Guylaine lorsque je suis venue aux Fous pour la première fois (avec toute la maladresse de mes 17 ans : http://je-s0ngerai.skyrock.com/4.html), alors qu'elle sache qui je suis, qu'elle prenne soin de moi ainsi pendant tout le week-end, qu'elle me remercie de lui avoir accordé ma confiance et qu'elle soit heureuse de me revoir bientôt, c'est surréaliste !

En rentrant chez moi, je lui ai écrit un petit message pour la remercier et lui dire qu'elle était une magicienne. Elle m'a répondu "Merci pour tous ces mots et pour l'immense cadeau de ta confiance. C'est aussi pour moi inestimable". Oh Guylaine !

Voilà en quelques mots mon week-end. C'était magique et je n'en reviens pas d'avoir fait tout ça. Cependant, je ne suis pas soliste, je n'ai pas osé chanter toute seule (même une malheureuse phrase "J'aurais voulu être une artiste" c'est trop) et si j'ai chanté devant le groupe, c'est parce que Guylaine était avec moi. Si je n'avais pas eu sa voix pour me guider, sa voix comme filet, comme sur un CD, je n'aurais pas été capable de le faire. Et puis c'était encore mieux qu'un CD, elle prenait ma main et m'enveloppait de sa douceur. Mais c'est déjà une belle avancée, même si être sur le devant de la scène pendant trois minutes ne me plaît pas du tout, au moins j'ai pu me libérer, chanter une chanson qui me tient à coeur et avoir des retours bien au-delà de ce que je mérite, mais qui font du bien à entendre malgré tout.

Un pas de plus vers moi ? Je vais puiser mes forces dans tout cet amour que j'ai reçu. "Si j'étais moi, ni la montagne à gravir ni de trouver les mots pour le dire ne me ferait peur..."

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05.12.16

Ma flûtiste.

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Voilà cinq ans et demi que j'ai rencontré Lydie dans le parking de l'Arsenal. Au premier coup d'oeil, je suis tombée amoureuse de ses cheveux, ses lunettes bleues, son sourire, son regard. Cinq ans et demi que je suis tombée en amour avec cette personne rayonnante. Cinq ans et demi et moi qui pensais qu'elle m'avait oubliée !

Lydie, c'est l'histoire d'un coup de coeur simple. En 2010, j'ai eu la chance de chanter Carmina Burana de Carl Orff avec 500 choristes et l'Orchestre National de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier dans la merveilleuse salle de l'Arsenal de Metz. C'était la première fois que je chantais une oeuvre classique et surtout, que je travaillais avec des musiciens professionnels. Ca m'a vraiment fait rêver ...

Nous avons donné deux concerts que j'ai savourés pleinement. A la fin du deuxième concert, nous avons regagné la voiture avec ma mère et devant nous marchait la flûtiste de l'orchestre. J'ai glissé à ma mère "C'est la flûtiste ! A chaque fois qu'on répétait un morceau a cappella, elle se retournait et nous écoutait, la tête posée sur le dossier de sa chaise. Tu ne l'as pas repérée ?" Evidemment que non, il n'y avait que moi qui l'avais remarquée... J'avais trouvé l'image de cette musicienne pro qui nous écoutait avec des étoiles ans les yeux magnifique et j'ai eu un petit coup de coeur à distance. Je me suis dit que c'était l'une des rares de l'orchestre à ne pas être blasée.

Puis elle s'est retournée. J'espère qu'elle ne m'a pas entendue ! Elle a aperçu nos partitions et nous a dit : "Vous étiez dans le choeur ?" Nous avons acquiescé, puis je lui ai dti que je l'avais repérée dans l'orchestre, elle était la flûtiste. Elle semblait touchée que je l'aie remarquée. Elle nous a dit "Ca fait des années que je joue dans cet orchestre et c'est la première fois que je vois la salle tout entière se lever !" Elle a ajouté que nous avions fait un travail formidable, qu'elle aimait nos regards pétillants et notre amour de la musique. "Moi c'est Lydie, et vous ?" Oh Lydie ...

Nous n'avons pas discuté très longtemps, mais cette rencontre m'a vraiment mis du baume au coeur et depuis, je n'ai jamais oublié le sourire de cette flûtiste, ses grands yeux admiratifs derrière ses lunettes bleues. Et puis au mois de septembre, je suis retournée à l'Arsenal mais en tant que spectatrice. En attendant Laura devant la salle, je la vois arriver un peu à la bourre avec un plat à gâteau. Malgré son retard, elle répond à mon grand sourire et gagne l'entrée des artistes au pas de course.

Laura arrive et nous nous dirigeons vers la salle. Dès que le concert commence, je suis embarquée par le jeu des musiciens. Quel bonheur d'être là ! Pendant l'entracte, je parle de "ma" flûtiste à Laura. En prépa, j'étais très renfermée et ne parlais à personne. Me confier à elle sur un si joli sujet m'a fait du bien, d'autant qu'elle a trouvé cette rencontre très belle. Et contre toute attente, lorsque Lydie est entrée sur scène parmi les autres musiciens, Laura a applaudi plus fort. Ca m'a touchée.

A la fin du concert, j'attends ma mère devant la salle. Je papote avec Laura tout en jetant régulièrement un oeil sur le flot des musiciens qui sortent du côté. Puis elle a fini par arriver. Elle est re-rentrée dans le hall et a accroché mon regard. Elle est ressortie et m'a dit :"Bonsoir ! On se connaît, non ? Vous êtes flûtiste ?" ... "Non, choriste !" Et du tac au tac : "Mais oui ! Carmina Burana ? On s'est vues dans le parking ? Ah oui, qu'est-ce que c'était beau ce concert ! Merci encore !" Merci ? Elle me dit merci ? Je n'en reviens pas qu'elle me replace et qu'elle discute ainsi avec moi ! Je ne m'y attendais pas du tout ! Mais en même temps, la simplicité lui colle à la peau, il ne pouvait en être autrement. Je me souviens encore du long texto que j'ai écrit à Pauline dans la voiture pour lui raconter mon émerveillement.

Au fil des concerts, nous avons noué un beau dialogue. Elle a rencontré Pauline, ma mère, Laura. Et au mois de juin, elle m'a même invitée à la répétition générale d'un concert à la Völklinger Hütte ! Je me suis sentie tellement privilégiée et chanceuse ce jour là ! Elle m'a présentée à des musiciens, comme si j'étais une amie de longue date. J'étais tellement touchée et émerveillée d'être au coeur de tout ça. J'étais toute seule dans les fauteuils, je me suis sentie minuscule et incroyablement chanceuse. Je garde un souvenir ébloui de cette belle après-midi.

Pour organiser cette répétition en Allemagne, on a échangé nos numéros de téléphone, et depuis lors elle a pris de mes nouvelles de temps en temps. Elle m'a demandé les résultats de mes concours, a pris plusieurs fois des nouvelles quand j'étais à Amiens. Nous parlions musique, voyages, littérature ...

Puis les mois ont passé, je n'ai plus réussi à aller aussi souvent à l'Arsenal. Je pensais toujours à elle, mais j'étais persuadée qu'elle m'avait oubliée. Puis j'ai perdu mon papa et l'été qui a suivi, je suis allée à Seattle avec Aurélie. Et un jour, dans la cuisine de Don et Michelle j'ai une notification Facebook : "Lydie C... souhaite devenir votre amie". Je n'en reviens pas ! Ca fait quoi ? Au moins deux ans qu'on n'a pas parlé ! Fébrile, j'accepte évidemment l'invitation.

Une semaine plus tard, je me retrouve sur la même scène qu'elle à Nancy, sous la direction de Vladimir Cosma. Je n'ai pas osé l'aborder (foutue timidité, t'en iras-tu un jour ?), mais heureusement, de là où j'étais placée, j'ai pu profiter de son sourire et ses yeux malicieux. En décembre, concert de la Saint Nicolas avec l'ONL. Même problème, je n'ose pas.

Un an plus tard, me revoilà au même concert de la Saint Nicolas. Une répétition vendredi (où je découvre le trio des Ismaélites : https://www.youtube.com/watch?v=-p6tZF-J4wc Un moment suspendu ...) où bien sûr je n'ose pas l'aborder. Un concert au fin fond de la Picardie samedi soir, pareil. Grrr, foutue timidité !

Et puis hier à l'Arsenal de Metz. Je m'étais promis de ne pas m'en aller avant de l'avoir abordée. Après le concert, je reviens dans le hall. Elle est là, en pleine discussion. Puis elle se dirige vers le vestiaire et passe devant moi. C'est alors qu'elle tourne la tête, m'aperçoit et s'exclame : "Oh ! Tu es là !" J'étais tellement surprise de sa réaction : tu es là. Moi ... Elle se souvient donc de moi ? Voilà trois ans qu'on n'a pas parlé et elle se souvient de moi. Elle ne m'a pas ajoutée sur Facebook par hasard ! Puis elle ajoute : "C'était ton anniversaire il y a quelques jours, non ?" Deuxième surprise elle fait donc le lien avec mon visage croisé dans un contexte familier (l'Arsenal) et Facebook. Elle me (re)connaît ! "Je te suis sur Facebook, c'est toujours un plaisir de voir ce que tu deviens et je ne m'attendais pas à te voir là !" Elle me suit ? Je n'arrive pas à y croire ! J'arrive à bafouiller quelques mots et je lui dis merci pour ce beau trio de flûtes et harpe, c'était incroyablement beau "Oui, aujourd'hui j'ai pris plaisir à le faire, c'est un bonheur de jouer à l'Arsenal, cette salle est si belle, on peut jouer avec l'acoustique et les sonorités." C'est sûr que ce n'est pas le gymnase de Villers-Côtterets ! Puis elle me raconte sa tournée en Corée et son voyage à New-York. Comme au bon vieux temps de la prépa ! Et puis elle prend de mes nouvelles "Tu travailles donc ? Ca y est, fini les études ?" Eh oui... "Amnesty International, wahou ! Et rue Montorgueuil, sympa !" Et la musique ? Je lui dis que je continue à chanter, mais que le piano c'est compliqué car je n'ai pas assez de place à Paris. Je lui parle de Berlioz et elle s'exclame "Mais tu as chanté ?? En même temps, j'ai cru te voir hier et je me suis dit que ce n'était pas possible que tu sois là !" Puis elle ajoute "Mais pourquoi tu n'es pas venue me faire un bisou alors ??" Si elle savait comme j'en ai eu envie ... Puis elle finit sur un "Si tu reviens nous écouter, fais-moi un petit mot sur Messenger et on essayera de se voir avant !"Avec plaisir, oui.

Oh Lydie ♥

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18.11.16

"J'ai une envie d'écrire comme t'as une envie d'cigarette ..."

ecrire

Hier, j'ai participé pour la première fois à un atelier d'écriture. Alors que je venais juste de commencer mon CDD, Sabine a envoyé un mail à tout le monde pour proposer un atelier d'écriture. Malgré mes craintes, ma curiosité m'a poussée à lui dire que j'étais très intéressée et que j'aimerais bien participer à la séance d'essai. Un mois et demi plus tard, nous y voilà ! C'était donc hier.

Dix minutes avant de descendre, je reçois un message sur le chat. Carmen, ma chef. "Eh Claire, j'ai vu que tu allais à l'atelier d'écriture ce soir ?" Je réponds très simplement "Effectivement, toi aussi ? Je ne t'ai pas vue sur la liste" Et elle "Eh oui :) C'est chouette de te savoir dans les parages !" Ca me touche et je ne sais que répondre. C'est ma chef quand même ... A 18 heures, je passe devant son bureau et d'une voix la plus naturelle possible, je lance un petit "On y va ?" Elle regarde l'heure, me sourit et prend quelques feuilles dans son imprimante. C'est parti !

Laurence, l'animatrice, se présente puis nous demande de faire un tour de table en expliquant notre rapport à l'écrit. Mon exercice préféré ... Je baffouille, je perds mes mots et ne dis pas la moitié de ce que j'aurais aimé dire pour conclure très rapidement par un "Fin bref, j'arrive mieux à m'exprimer à l'écrit qu'à l'oral" fort à propos. Décidément, parler en public n'est pas mon truc !

Premier exercice, compléter la liste de choses de Sei Shônagon. C'est facile, on n'a pas l'impression d'écrire. On donne chacun trois ou quatre choses. Certains se lancent déjà dans l'écriture et proposent des "Choses qui rendent une longue marche dans la nuit agréable". J'ai l'air bien ridicule avec mes "Choses qui font pleurer", "Choses extraordinaires" et "Choses qui bouleversent".

Deuxième exercice, choisir trois ou quatre catégories et faire la liste. Bizarrement je ne suis pas plus à l'aise, moi qui adore les listes ! C'est bête, je le fais tout le temps. Mais là, rien ne me vient. Je pense à Pauline à qui j'écris souvent des listes, mais je me sens gauche. J'écris deux mots, je les barre, je réécris, je réefface ... Je finis par garder quelques propositions que je hiérarchise rapidement et lorsque Laurence nous annonce que les dix minutes sont terminées, je ne suis parvenue qu'à remplir deux catégories, et encore, péniblement. Puis vient le moment de la lecture à voix haute. Le tour de table avance, et au fur et à mesure que mon tour s'approche, je sens mon coeur battre plus vite, mes joues devenir rouges. J'écoute les textes des uns et des autres et les commentaires de Laurence en essayant de ne pas penser qu'après, ça sera mon tour. Et puis bien trop vite, c'est à moi. Je mets plusieurs longues secondes avant de me lancer, puis j'y vais. Je ne suis pas fière de ce que j'ai écrit, mais il est trop tard. Et contre toute attente, les retours sont positifs : "C'est beau, c'est doux. On se sent enveloppés !" Je suis touchée. Et puis on passe aux autres. Ouf, c'est fait.

Il ne reste plus que vingt minutes, je me dis qu'on n'aura pas le temps pour un troisième exercice et le plus dur est derrière moi. J'ai déjà assez pris sur moi pour aujourd'hui ! Mais non, Laurence propose un dernier exercice avant de nous quitter. La pression remonte.

Troisième exercice, choisir une phrase qu'on a écrite dans l'une des catégories de choses et terminer le texte avec la chute "Il y a des choses qui ..." correspondant à la rubrique qu'on a choisie. Quelques idées me viennent et rapidement, je me lance dans l'écriture. J'ai choisi la pluie qui cogne sur un carreau. Je pense à Thomas lorsque j'écris et je ne peux m'empêcher de parler de lui, mon inconnu du bout du monde. Lorsque Laurence nous demande de lever le stylo, j'ai juste le temps de mettre le point final à mon texte. Tour de table, il y a de chouettes propositions. On part à la mer avec Sophie, sur les toits de Paris avec Ever, dans le métro avec Nicole et Sabine, au théâtre avec Carmen, dans une salle de classe avec Emmanuel et dans les rues de Paris la nuit avec Céline. Je passe en dernière. Je mets à nouveau plusieurs longues secondes avant de me jeter à l'eau. J'ai mal à la gorge, je commence à manquer d'air, mais je commence d'une voix blanche :

"Assise au volant de ma voiture, je viens d'arriver devant chez moi. Il pleut. Je coupe le moteur, j'attrappe mon sac à main, mais je n'ai pas le courage de sortir de la voiture. Je reste là un long moment à écouter la pluie sur les carreaux. Je songe alors que quelqu'un à l'autre bout du monde est peut-être dans la même position que moi, à écouter la pluie cogner sur une vitre, bien au chaud. L'idée me fait sourire et j'imagine cet inconnu me sourire en retour.

Au bout d'un moment, la pluie finit par cesser. J'aurais aimé prolonger cet instant hors du temps avec mon inconnu du bout du monde, mais il est tard. Alors à regret, je sors de la voiture et me dirige vers la maison. Il y a des choses qui ne font que passer et semblent éveiller la mélancolie."

J'ai peur des réactions, mon texte ne ressemble pas à ce que j'avais imaginé et j'ai un peu honte de clôturer le tour de table avec ma proposition. Mais au bout d'un court silence, qui ressemble à ce moment de grâce après des chansons qui bouleversent avant que le public n'applaudisse, les quelques mots de Laurence résonnent dans la salle, tels des applaudissements : "Wahou, merci pour ce moment." Silence. Je n'ose pas relever les yeux. Je fixe ma feuille et je rougis. Je souris un peu, je ne sais pas comment accepter le compliment. Elle n'a rien dit de tel aux autres, elle avait toujours des points d'amélioration. Après un court moment où personne ne dit rien, elle ajoute "C'était très beau, tu nous as embarqués. On voyait presque le reflet de l'inconnu dans la vitre de la voiture et qui sourit. Vraiment, merci, c'est un très beau texte !" Je suis encore plus gênée. Elle ne formule aucune critique, aucun conseil, c'était juste ça. Je relève la tête et je vois les sourires et l'émotion presque palpable sur le visage des autres. Je suis touchée, tellement touchée. Pourtant, ce n'est pas le texte dont je suis le plus fière !

Puis l'atelier se termine avec quelques minutes de retard. On envisage quelque chose sur la durée, payant, mais Sabine reviendra vers nous pour préciser tout ça. Ce matin, j'ai eu le mail de Sabine, mais je suis en CDD jusqu'à fin janvier et au-delà, je ne suis pas certaine d'être à Paris. Je l'écris à Sabine à qui j'en avais déjà touché un mot, précisant que ça m'étonnerait que mon CDD soit renouvelé car il porte sur des missions précises. Sa réponse me touche peut-être plus que de raison : "Oui, tu m'avais bien prévenue. Et c'est une vraie tristesse de se dire que tu ne resteras pas parmi nous après janvier ! Tu es une perle !" De lire ces deux premières lignes, j'ai les larmes aux yeux.

Moi qui hésitais à rester, je crois que j'aimerais beaucoup ce CDI. Vraiment beaucoup. Je ne sais pas comment dealer avec Léa, ni avec le fait de me poser quelque part maintenant, mais je crois que j'ai envie de tenter. Après, rien ne dit que le poste s'ouvrira, rien ne dit que je serai prise. Mais il y a tellement de petites choses qui font que j'aimerais rester. Mais surtout une : l'envie d'avoir un impact. A mon échelle, faire ma part du colibri. On y revient toujours.

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16.06.16

M U S I C

Quote music 1

Semaine pleine de sentiments contradictoires, placée sous le signe de la musique.

Je commence mon mardi avec le sentiment d'une profonde injustice après un texto de maman qui m'annonce que mamie est morte dans la nuit, qu'elle s'est endormie paisiblement. Je ne peux pas m'empêcher d'être touchée, de pleurer. Et même si c'est moche de penser ça, je ne peux pas m'empêcher de me dire que certaines personnes ont encore leurs 2 parents et leurs 4 grands-parents. Et nous ? Eh bien il ne nous reste plus que maman. Alors bien sûr, comme me l'a fait remarquer Pauline, des gens naissent sous X ou ne parlent pas à leur famille pour diverses raisons et que j'ai des gens autour de moi. N'empêche que ça me fait tout drôle de perdre une à une mes racines.

Mamie, je sais que c'est mieux pour toi, que tu dois être soulagée d'être enfin délivrée de toutes tes souffrances. Mais tu me manques. Ca fait des années déjà que tu me manques, mais c'est bête, en venant te voir j'avais toujours l'espoir que ce soit une journée cadeau, une de ces journées où même si tu n'avais pas toute ta tête, tu étais en forme, tu racontais des anecdotes, tu t'intéressais à ce que je devenais. Et là, je sais que je n'aurais même plus le droit à ça. Je te dois énormément de beaux souvenirs et une partie de mon éducation aussi. Pour tout le bien que tu as fait autour de toi, j'espère que Dieu t'a trouvé une place de choix, juste à côté de Papa et de Papi. Mais ça me serre le coeur un peu de te savoir là-haut.

J'arrive au bureau un peu patraque après avoir fait un détour à pied. Grégory est très élégant et me dit que si je veux rentrer, il n'y a pas de souci. Je passe quand même la journée tranquillement au bureau, il ne me brusque pas dans la matinée, puis lorsqu'il me voit reprendre le dessus, je crois qu'il comprend que je n'ai pas envie d'en parler, que c'est mon jardin à moi et que je n'ai pas envie de mêler le boulot à ça. J'agis plus ou moins comme d'habitude, même si parfois je laisse mon esprit aller ailleurs.

Nous sommes le 14 juin, jour où mon Papi est mort il y a 27 ans. Mon dernier jour en Afrique du Sud il y a deux ans. Décidément, les dates sont bizarres, elles m'évoquent toujours quelque chose. J'espère que les prochaines dates gravées dans ma mémoire seront de beaux souvenirs et que je n'aurai pas d'autre épreuve à traverser de sitôt. Je suis fatiguée et je ne me sens pas les épaules d'affronter encore des drames, ça suffit. Laissez-moi un peu en paix ! J'ai besoin de sérénité, de plénitude, de bonheur pour me reconnecter avec moi-même et avancer, surtout dans le domaine que j'ai choisi. J'ai envie d'être bien dans mes Converse et je m'y emploie, un peu au détriment des autres ces temps-ci, mais je sais qu'il faut que j'apprenne à prendre un peu soin de moi si je veux revenir vers les autres.

A la sortie du bureau mardi, je file chez Mariette. Deux heures de cours de chant avec elle et Marjolaine où j'apprends à oser. Ce n'est pas facile, mais ce sont mes tous premiers pas en dehors de mon cocon. Et puis vient une note. Celle que je redoute sur Skyfall, que je fais sans problème dans ma voiture, mais qu'il m'est impossible de sortir quand je suis dans le choeur, de peur qu'elle soit fausse et hyper forte. Et puis nous travaillons ce passage évidemment. D'abord Marjo, qui a un peu de mal car c'est aigu. Puis moi. Première tentative complètement loupée parce que je n'ose pas. Deuxième "trichée". Et troisième, je ferme les yeux et je balance cette note comme si j'étais seule chez moi. Et là, je me recroqueville sur moi, mais Mariette me prend dans ses bras et me dit "Mais c'est pas possible, tu as un don ! Choper un do comme ça en voix pleine, c'est incroyable ! Tu te rends compte là ?" Bien sûr que non, je ne me rends pas compte. Elle ajoute : "Mais tu l'as fait sans effort là, non ?" Ben non, sans effort vocal. Un gros effort de prise sur moi, sans aucun doute, mais vocal, non. J'en suis toute retournée. On fait plusieurs fois le passage, non ce n'était pas un hasard, j'en suis capable.

En rentrant, je trouve un texto de Mariette : "Claire H..., vous avez une voix de malade ! Compte sur moi pour continuer à révéler ce bijou ;) Plein de courage pour garder le moral. Gros bisous" Ca m'a plus que touchée et du coup ce soir à la chorale, j'ai ressorti cette fameuse note. Mariette me fait un énorme sourire où je vois sa fierté et son émotion. C'est beau. Je suis heureuse d'avoir rencontré cette fille et d'apprendre à la connaître. Elle a beaucoup à donner et je sais qu'elle aussi a fait du chemin pour en arriver là et dépasser sa timidité.

Autre défi de la soirée, Parle plus bas. Je ne suis pas très à l'aise dans ce rôle, mais sous le regard bienveillant de Mariette et l'oeil vif de Stéphane, je n'ai pas envie de les décevoir, alors je me lance. Et à la fin du morceau, Stéphane me glisse : "C'est bien ce que tu fais, je te trouve très touchante. Assume-le parce que tu le fais très bien, c'est beau." Je n'en reviens pas. J'ai l'impression de faire trop, de ne pas faire juste, de ne pas ressentir le personnage, de ne pas comprendre complètement qui j'incarne. Et pourtant.

A la fin de la soirée, Stéphane vient me voir pour me dire : "Ma chérie tu te caches ! Tu n'as pas le droit ! Tu es belle, tu as de la grâce. Il y a quelque chose de lumineux et de grâcieux en toi et ce n'est pas juste que les gens ne te voient pas. Tu es tellement belle que tu dois offrir ça aux gens !" Je me suis retournée vers Jean-Baptsite à côté de moi, j'étais hyper émue et les larmes commençaient à me monter aux yeux. Mais Jean-Baptiste renchérit : "Je suis d'accord, ça le fait." Euh... "Ca le fait quoi ?" Lui : "Ben quand tu chantes. Moi aussi je t'ai observée et tu dégages quelque chose quand tu chantes. Vraiment !" Lui qui ne dit jamais rien, je suis encore plus émue. Je baffouille un merci et je monte prendre l'air ...

Trajet du retour avec Mariette qui s'y met aussi et me dit qu'elle me trouve trop belle : "Tu devrais te faire un kiff sur une chanson et te mettre devant. Tu le mérites !" Mais justement, mon kiff c'est d'être derrière, de voir le sourire de Mariette et de sentir vibrer les copains de dos. J'aime ça. Il ne manque plus que le regard complice d'Aurélie pour que ce soit parfait ... Mais au final, c'est sans doute mieux qu'elle ne soit plus là car sous ses moqueries et son dédain pour Stéphane, je n'aurais probablement pas fait tout ça. Je l'aime de tout mon coeur, mais sur certaines choses, elle m'empêche d'avancer, d'aller vers les gens alors que c'est déjà tellement difficile pour moi, de m'assumer. C'est étrange.

Et quand je rentre de la chorale les mercredis soirs, j'ai envie d'y croire. Envie de croire que je peux m'assumer comme les autres, que je ne suis pas derrière eux, mais au même niveau. Enfin, c'est une bien belle théorie et je n'arrive pas à la mettre en pratique d'une semaine sur l'autre, mais tout le monde est bienveillant, me rassure et je crois que je ne suis pas moins bien que les gens de la chorale dans l'ensemble. Tout le monde est pareil en somme, et c'est une très belle leçon de vie car avec Jacky, tout le monde n'est pas au même niveau et ça se sent bien. Alors que là, chacun est humble et prend sa place parce que chacun en a une, personne n'est laissé derrière. Même pas moi qui pourtant aimerais qu'on me laisse un peu derrière. Non, je suis là comme tous les autres, avec les autres, au même niveau que les autres. C'est dur pour quelqu'un qui a l'habitude de se fondre dans la masse et qui ne veut pas se faire remarquer, mais c'est un très bel apprentissage.

Bref, le chant me fait beaucoup de bien. J'ai envie de le remettre un peu au coeur de ma vie. Bien sûr j'ai envie de voyages, mais suis-je vraiment prête ? Je fanfaronne de nouveau, mais je sais que c'est encore fragile. Et m'éclater à Paris, ce n'est pas si mal au fond ...

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30.05.16

It can't rain forever.

Better-Things

C'est bizarre cette cage qui me bloque la poitrine ... Je suis pourtant dans une bonne période, j'ai le sentiment que la roue tourne et beaucoup de choses me sourient. Je recommence même à être stressée pour ce pour quoi j'étais stressée avant, à ressentir ces petits tracas du quotidien et non plus avoir en permanence l'impression de porter toute la lourdeur du monde sur mes épaules. Mais je sais que je suis encore fragile émotionnellement, qu'un rien me bloque la respiration et me presse la poitrine, parfois même inconsciemment. J'espère que tout cela est en passe de changer pour de vrai ...

J'ai vu mamie aujourd'hui, ça m'a fait froid dans le dos. Elle est tellement fatiguée qu'elle n'arrive même plus à garder les yeux ouverts. Ca m'a fendu le coeur. Elle n'a plus envie de se battre et se laisse complètement aller. Je sais qu'elle n'est pas éternelle, mais la voir partir tout doucement comme ça, c'est terrible. Mais bon, je n'ai pas envie d'écrire sur le sujet, ça me rend bien trop triste.

Revenons à mon stress quotidien et à une vieille peur qui refait surface : la peur de décevoir. Je pense que Marie et Lise n'attendaient rien en particulier de moi, mais je sais que je ne suis pas la coloc idéale. Une fois encore, je n'arrive pas à me libérer complètement, même si je commence à les connaître un tout petit peu et que je les apprécie réellement. C'est juste qu'il me faut du temps pour être à l'aise et j'ai le sentiment d'être maladroite à chaque fois que je dis ou fais quelque chose. Même pour répondre à une question simple, ça me paraît difficile, et mes réponses souvent timides et bizarres. Y arriverai-je un jour ?

Ce fût un beau week-end. Différent de ce qui était prévu, mais c'est que ça devait en être ainsi. Un beau concert au Luxembourg, un sourire et un clin d'oeil en échange d'un premier pas, ce n'est déjà pas si mal, non ? Allons dormir, en espérant que demain je respirerai plus facilement pour redémarrer une nouvelle semaine du bon pied.

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25.05.16

Peur de moi ...

Life begins

Pour sortir de ma zone de confort, avec Stéphane, je suis sûre de ne pas être déçue ! Entre me déhancher et jouer les allumeuses sur You can leave your hat on et tenir le "rôle principal" dans Parle plus bas, je suis servie. "Ma chérie, maintenant que tu es de retour, je vais t'en faire voir de toutes les couleurs !" Je ne pourrai pas dire qu'il ne m'avait pas prévenue ... Mais c'est beaucoup pour moi. Ce soir, j'avais le coeur qui battait à mille, je suis devenue toute rouge et j'ai senti mes joues chauffer : on aurait pu y faire cuire des oeufs !

Je sais que c'est bien, qu'il faut que je dépasse mes limites. Et d'ailleurs, quand on relativise, ce n'est pas grand chose. J'ai une lampe de poche sur moi pendant cinq secondes lorsque je joue l'allumeuse et je suis l'attraction d'une chanson pendant une minute. Ce n'est pas la mer à boire. Les choristes sont bienveillants, les spectateurs s'en fichent et auront oublié ma prestation quelques minutes après. Et pourtant, je sors très loin de ma zone de confort, cachée derrière 80 choristes. Bientôt je vais me retrouver avec un micro entre les mains et je ne vais rien comprendre !

Mais si je le fais, ce n'est pas tant pour moi que pour Mariette et Stéphane. Mariette d'abord car elle déploie tellement d'énergie à nous diriger, c'est un vrai bonheur. Pour elle, j'ai envie que le spectacle soit une réussite. Et puis je veux lui montrer que dans ma vie musicale, il n'y a pas que Jacky, loooin de là ! Je veux être à la hauteur de son talent à elle aussi. C'est important. Quant à Stéphane ... Je ne sais même pas par où commencer ! Ca me fait tout drôle qu'il ait flashé sur moi. Je ne peux pas nier que ça fait du bien, même si j'ai une pression de dingue. Je ne sais pas ce qu'il voit en moi, mais il a l'air d'adorer et je ne suis pas certaine d'être à la hauteur de cette affection, de ce beau regard qu'il porte sur moi.

Et puis, il me touche. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce qu'il semble s'être attaché à moi ? Aujourd'hui, il avait l'air plus en forme, mais les dernières semaines je l'ai trouvé triste, tourmenté, usé. J'ai failli lui envoyer un message pour lui demander ce qui se passait, ou au moins lui dire que je pensais à lui, mais évidemment je n'ai pas osé. Et c'est sans doute mieux comme ça, je n'ai rien à faire dans sa sphère privée. Mais j'aimerais apprendre à le connaître. Il y a deux semaines, on est allés boire un coup et il s'est joint à nous. Nous avons discuté sur le trajet, il m'a demandé ce que je faisais. Je lui ai répondu, mais ça n'a pas accroché. Enfin, un peu, mais pas autant que ça aurait pu... évidemment.

C'est tout moi ça : nulle en société, nulle pour engager les conversations et les entretenir, nulle pour découvrir les autres même si j'ai une réelle envie d'aller vers eux. On en revient toujours au même problème. Avec Stéphane, c'est plus simple car il fait des tas de pas vers moi et vient me bousculer hors de ma zone de confort. Michaël, c'est à moi de faire les efforts nécessaires pour lui montrer que je ne le snobe pas, lui faire comprendre que c'est juste moi et ma foutue timidité de me*** qui m'empêchent de lever les yeux vers lui.

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23.05.16

Timidité, je te déteste !

In the end we only regret

Il m'impressionne. Depuis toujours. Je n'arrive pas à lui adresser la parole en vrai (sauf quand il m'interpelle, et encore...) ni même à le regarder. Le regarder et lui sourire, ça devrait pourtant être simple, je fais ça avec tout le monde. Mais lui, je me dégonfle. J'essaye toujours de m'asseoir ou me placer dans le choeur de sorte à ce qu'il me voie, mais dès qu'il lève les yeux vers moi, je détourne le regard. De quoi ai-je peur ? De son sourire ? De son amitié ? Que peut-il m'arriver de grave si j'échange des regards et des sourires avec lui ? Rien, que du positif. Et pourtant, je me comporte comme une pauvre chose apeurée.

D'autant qu'il me touche énormément et ce depuis toujours. Je me souviens des débuts, quand je lui ai écrit à la mort d'Alyson. Je l'avais même encouragé à rejoindre le CPL, il n'avait pas voulu. Mais il est finalement venu pendant mon année de césure, le week-end avant mon départ au Québec. Je suis heureuse qu'il ait rejoint le choeur, même si je ne le connais pas vraiment. J'aime le regarder chanter, il vit ce qu'il chante et c'est beau. Mais ce que je préfère, c'est le regarder nous écouter chanter sur Dancing on my own ... J'en ai des frissons à chaque fois tellement il nous écoute avec attention, bienveillance, fierté ; il transpire l'émotion et je trouve ça beau.

Je l'aime beaucoup, mais j'ai peur de faire ... peur de faire quoi d'ailleurs ? Peur de le décevoir ? Ma bonne vieille hantise ... Mais ça dure depuis trop longtemps, d'autant qu'il m'a tendu des perches que je n'ai saisies qu'à moitié car il m'impressionne de trop. J'ai peur qu'il pense que je le snobe et je crois que je suis froide quand je répond à ses sollicitations, mais c'est loin d'être de la froideur, c'est juste que je ne suis pas à l'aise à l'oral et je ne pense pas du tout être à la hauteur quand je lui parle. Raaaaaah, je déteste ma timidité !!!

Sans compter que plusieurs choses nous rapprochent. De tristes choses, certes, mais j'ai de la compassion pour lui, dans le véritable sens du terme. J'aimerais partager des choses avec lui, oser franchir cette barrière invisible que je ne maîtrise plus et que je ne comprends plus. Et pourtant, c'est moi qui l'ai instaurée. Foutu timidité de merde !

Pourtant, maintenant j'habite avec Lise et Marie, deux de ses supers amies, et je n'arrive pas à m'intégrer au groupe. Il y a deux barrières : Aurélie, Alex, Clémence et Julie (même s'ils m'affirment que non, ils tournent en dérision le fait que "Tu fais partie du clan maintenant" ou "Tu es passée du côté obscur" ... mais c'est débile ! Ca m'énerve ! Il n'y a pas de côté obscur ! Simplement qu'on ne les connaît pas, qu'ils restent entre eux, mais jusqu'à preuve du contraire, nous aussi on reste entre nous et on est bien moins sociables qu'eux !) Et l'autre barrière (et pas des moindres) c'est bien sûr ma timidité et mon malaise en société. J'aimerais vraiment m'intégrer parce que je sais que c'est des gens bien, mais ces freins m'en empêchent encore.

Je donnerais cher pour aller à Alès cet été et faire vraiment partie de la bande... Mais on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et il va falloir que je me débrouille autrement pour oser prendre ma place. Les Fous auraient accéléré le processus, c'est sûr. Mais je ne peux pas me plaindre, j'ai trouvé le stage de mes rêves et c'est à moi de faire les premiers pas.

Prochaine étape : lui sourire au moins une fois samedi. J'aimerais tellement oser discuter avec lui, même sous un prétexte bidon ! Lui montrer que je l'aime bien et que j'ai envie d'aller vers lui. "In the end, we only regret the chances we didn't take." J'espère saisir enfin ma chance, même timidement. Verdict samedi soir !

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08.02.16

Remise de diplômes.

Justine, Vivien et moi

J'ai envie de pleurer. Mais je ne sais pas si c'est de joie - celle d'avoir vécu de si beaux moments et d'avoir tissé des liens si forts - ou de tristesse - celle qui marque la fin d'une époque. Fin d'une époque, et je n'étais pas là pour tourner la page. Je regarde cette photo et ... Mais merde ! Je n'étais pas là ! Pas là pour tourner cette page. Pas là pour boire un coup et rire ensemble une dernière fois dans le cadre de l'école. Et pourtant, ils voulaient que je sois là, ils ont imprimé ma photo et ont tenu à immortaliser l'instant. Je ne sais pas quoi dire. Je les aime. 

Mais c'est peut-être mieux comme ça. Je déteste tourner les pages. Je déteste les fins, je ne sais pas m'y prendre et ça me rend beaucoup trop triste. Fin du collège. Fin du lycée. Fin des Fous Chantants. Fin de mon stage chez Martelle. Fin de la chorale. Fin de mon stage à la Ménagerie. Fin de mon séjour en Afrique du Sud. Fin de l'ESC. Fin de mon stage à Helen Keller Intl. Il n'y a aucune fin que j'aie bien supportée. Et quand je pense au mot fin, je pense à Vati. Mais c'est une autre histoire ...

Et là, je n'ai pas envie de tourner la page, pas envie de dire au revoir, pas envie de m'arrêter là. « C'était pendant 4 ans, c'était bien. » écrit Vivien. C'était plus que bien. J'ai un peu un sentiment d'inachevé : je ne suis pas allée à la remise de diplômes, donc ce n'est pas tout à fait la fin. Parce que j'espère qu'il y en aura des tas d'autres, des demi-pêche, des fous-rires, des kebabs, des T'chiot Zinc, des confidences, des Carêmes tournés gentiment en dérision, de la musique, du "mérite tu l'as", de l'amitié ... Les copains, des comme vous, y'en a pas d'autres ♥

J'ai envie de pleurer. Je ne sais pas comment ça va continuer. La Picardie me semble tellement loin. Trop loin de Lyon. Attendez-moi, je reviens ! Je vous dois mes plus belles années, sans aucune hésitation.

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03.02.16

« Il est facile de se tenir avec la foule. Il faut du courage pour rester seul. » Gandhi

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J'aimerais tellement retourner en octobre 2012, comme sur cette photo où je cours sur la plage du Tréport. J'étais heureuse, tout allait bien dans ma vie. Mais je sais qu'on ne peut pas faire marche arrière, et regarder dans le rétroviseur ne m'amènera nulle part. Je dois aller de l'avant et dessiner mon avenir ... Plus facile à dire qu'à faire !

Je me sens seule lorsque je rentre le soir de la fac. En fait, ce n’est même pas le soir, il est à peine 17h (quand je réussis à tirer en longueur, sinon il est souvent 16h35) et je vois avec effroi la longue soirée qui s’annonce. J’ai beau essayer de travailler en mettant de la musique joyeuse ou de regarder une série, rien n’y fait, je n’arrive pas à m’y intéresser. Je ressens cette solitude de manière accrue depuis quelques jours – même si ça m’était déjà arrivé les week-ends où je me suis retrouvée seule à Lyon. Je ne pensais pas que je gérais aussi mal ma solitude, ça ne m’était jamais arrivé ! D’habitude, je profite des moments où je suis seule et où je peux souffler car ils sont assez rares. Mais là, je n’arrive pas à en profiter, je les subis.

J'ai décidé d'aller voir un médecin. Moi, qui n'y suis pas allée depuis mes 6 ans, qui évite farouchement les médicaments et qui n'ai accepté personne d'autre que Mamdali comme médecin traitant. Et pourtant, c'était une bonne décision et ce rendez-vous m'a fait du bien, même si aujourd'hui j'ai l’impression que ce n’est pas suffisant, alors que je me suis promis de repartir sur des bonnes bases et aller de l’avant.

Ca a un peu mal démarré. Je suis arrivée dans la salle d'attente à 14h30 et deux personnes attendaient déjà. La doctoresse arrive et demande qui est le suivant. Les deux disent : « J'avais rendez-vous à 14h30 ! » et elle commence à les flamber... Le garçon part tout seul avec elle, la dame passera après, et moi ensuite. Mais elle n'a vraiment pas l'air commode. Sur le coup, j'ai un peu peur que le feeling ne passe pas. Elle a l'air blasé, énervée et les patients passent à la chaîne. Mais lorsqu'elle vient rechercher la dame (avec qui j'ai échangé quelques mots en attendant) elle le fait sur le ton de l'humour, elle est beaucoup plus détendue ... et moi avec ! Mais je ne suis pas complètement rassurée pour autant et je lis pour essayer de me distraire. Mais j'ai l'impression que la fin va être triste et je n'ai pas le coeur à lire une fin triste sur le moment, alors je referme d'un coup sec le livre, comme s'il pouvait me faire flancher encore plus. J'attends alors qu'elle vienne me chercher, mille pensées en tête. Le début du rendez-vous est perturbé par deux coups de fil, qui me laissent le loisir d'admirer ses diplômes en grec sur les murs.

Une fois disponible, elle me demande ce qui m'amène. Je lui dis que j'ai un poids sur la poitrine, parfois des picotements, et que ça survient souvent quand je me retrouve seule - que je n'ai pas ces symptômes quand je suis entourée ou que je fais quinze mille choses. Et comme le week-end dernier, je me suis posée le dimanche, c'est revenu et j'ai eu un petit déclic et que je voulais faire un petit bilan sur ma santé. Elle me regarde, sourit et dit : « Et là vous allez me dire que vous pensez que vous allez faire un arrêt cardiaque ! » Je rougis, j'esquisse un sourire timide et dis que non, pas tout à fait, mais que j'ai peur pour mon coeur car je mange très salé et ... Elle me stoppe et ajoute : « Et vous êtes en surpoids, donc forcément à 24 vous allez mourir ! C'est ça ? » J'ai un peu honte et j'hésite entre rire et me renfermer dans ma coquille. Je choisis la première option.

Devant ma mine un peu déconfite malgré mon sourire confus, elle ajoute qu'elle ne minimise pas mes craintes, mais que ce n'est certainement pas de ça dont il s'agit. Elle pense à quelque chose de musculaire. Elle me demande de me mettre debout et d'enlever mon t-shirt. Apparemment, j'ai une scoliose (je le savais déjà, et le fait de trimballer mon ordinateur qui pèse 50kg tous les jours sur la même épaule ne doit pas aider) et dès que je suis tendue, la zone devant se contracte et ça provoque des douleurs. Sans compter que les douleurs à l'estomac se confondaient très souvent avec celles du coeur.

Puis elle me prend la tension, tout en me demandant s'il m'arrive d'avoir des remontées acides et si je suis stressée en ce moment. Je dis que oui, et puis je me jette à l'eau en me disant que je n'ai rien à perdre à lui raconter ma vie, que c'est de la pudeur à deux balles de ne jamais dire à personne que j'ai perdu mon père et je lui avoue qu'il est mort l'année dernière. Et j'ai adoré sa réaction ! Pas de pathos comme je déteste, pas d'apitoiement, mais elle m'a posé des questions pour savoir comment il était mort, demandant des précisions sur certains aspects de la maladie. J'ai aimé son intérêt sans jugement pour la manière dont je racontais les choses, mais surtout il n'y avait pas de tabou ni de malaise comme c'est souvent le cas quand je parle de mon père. Elle m'a dit que c'était normal que je m'inquiète davantage pour ma santé parce que j'avais vu mon père partir aussi vite. Et elle ajoute : « Vous somatisez beaucoup trop ! »

Pour finir, elle a écouté mon coeur et a vu mon collier pour l'Afrique. Elle m'a demandé : « Qui est allé en Afrique et vous a ramené ce joli collier ? » touchée qu'elle le remarque, je réponds : « C'est moi ! ». Elle me rend mon sourire et me demande : « Vous avez aimé ? » La façon dont elle tourne la question me fait sourire et je dis simplement : « Beaucoup... » En pensant à tout ce et tous ceux que j'ai aimé(s) là-bas. Au bout de quelques secondes de silence, elle me dit que mon coeur va très bien. Puis elle souligne les plaques rouges sur ma peau et m'a dit : « Vous voyez, vous stressez tellement rien que pour ce rendez-vous que vous en avez des plaques rouges ! Quand je vous disais que vous somatisez ! » Elle m'a pris la tension en me disant qu'il n'y avait pas de raison que je m'inquiète plus que cela, que les douleurs du coeur et de l'estomac se confondent souvent car c'est la même zone et que je ne devais pas hésiter à parler ou à aller voir le docteur plus souvent. Elle m'a dit qu'elle a compris que c'était un grand pas pour moi aujourd'hui et que je devais davantage extérioriser.

Le contact est bien passé. Elle est un peu sèche, et pourtant très à l'écoute et attentive aux détails. Ca me plait beaucoup et ça m'a rassurée. Mais ce soir, j'ai comme le contre-coup, je me sens vide, seule et je ne sais pas comment les minutes vont pouvoir passer et m'emener jusqu'à demain. J’ai appelé Maman. En fait, j’ai envie d’être à la maison. Je ne sais pas si c’est la seule raison de mon malaise, j’en doute un peu, mais le fait est que j’ai envie d’être à la maison, ou au moins de voir Maman ou Mélaine. Mais peut-être aussi être chez moi, pas seule dans un appartement qui me rappelle ma solitude. Pourtant, je n’aimerais pas avoir un garçon dans ma vie. Pas maintenant, je ne sais pas, ça ne me tente pas.

Heureusement, l’occupation agit relativement bien sur moi. Pas aussi bien qu’avant, mais quand même, ça continue à agir et ça me permet d’oublier. Mais c’est la première fois de ma vie que je sens le poids de la solitude avec autant de violence. Je lis des trucs sur la solitude, et ces articles sont pour les gens qui n’ont pas de vie sociale. Pourtant, j’en ai une. C’est juste que le soir, je n’arrive pas à rester seule. Ca ne m’a jamais fait ça et je crois que je comprends pourquoi Vivien était toujours fourré chez moi quand il a vécu sa déception sentimentale avec Caroline. La solitude négative, voilà. Je n’avais encore jamais expérimenté ça ! Ces dernières années (notamment depuis ma césure) j’ai eu la solitude plutôt heureuse … pourquoi est-ce que ça a changé comme ça ?

Claire, ressaisis-toi, merde ! Mais comment on fait ?

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26.11.15

Paris, tu m'as manqué.

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Si j'étais heureuse de te quitter en août dernier, je ne suis pas rancunière. Si bien qu'en posant le pied sur le quai à la Gare de Lyon, je ne pouvais réprimer mon sourire niais. Je m'empresse d'envoyer un message à Aurélie : « Je suis à Paris, et ça me fait tellement plaisir d'y être ! » Paris, je t'ai tant détesté, mais force est de constater que tu m'avais terriblement manqué.

Je descends dans les couloirs du métro d'un pas assuré. J'attends moins de deux minutes sur le quai, et déjà une nouvelle rame ralentit à son arrivée dans la station. Je monte dans la 14, je me dirige dans les couloirs de Saint-Lazare les yeux fermés jusqu'à me retrouver sur le quai de la ligne 3 et je monte en tête de train. Les stations que je connais par coeur défilent et enfin Porte de Champerret. Je monte les escaliers, je passe les portes de sécurité, je prends l'escalator et enfin, je me retrouve dehors. Je respire l'air de Paris, quel bonheur ! Je retrouve l'euphorie de mes escapades parisiennes lorsque j'étais étudiante à Amiens.

Anastasia traverse le passage pour piétons, et lorsqu'elle m'aperçoit, son visage s'éclaire. Nous nous étreignons, quel bonheur de se retrouver ! Ca me fait drôle d'arpenter les rues du 17ème avec elle comme avant, mais j'ai l'impression que c'était hier et que nous ne faisons que reprendre notre routine après des vacances. Ca me fait du bien de la retrouver. Nous nous racontons nos vies en déambulant dans les rues, avant de s'arrêter dans un petit restaurant indien derrière l'église Saint-Ferdinand. Après le repas, nous rentrons dans l'église, nous n'avions jamais pris le temps de le faire avant. Je m'y sens bien, l'architecture est belle et la décoration très simple et épurée, comme j'aime. N'ayant pas le coeur à nous quitter, nous allons boire un café pour continuer à discuter et prolonger un peu ce moment. Mais après trois heures passées ensemble, Anastasia doit retourner travailler, à contre coeur. Je la raccompagne jusqu'au bureau, puis je la prends dans mes bras. Dès qu'elle franchira le portail, je sais qu'elle va me manquer. Elle m'envoie un bisou, je lui adresse un signe de la main puis je tourne les talons. Il pleut.

Je regagne le métro en passant devant notre resto de bagels. Les deux serveurs mignons y travaillent toujours. J'ai un sourire niais. La pluie est de plus en plus forte, je lève les yeux au ciel et je pense à Benjamin. Il ne comprend pas que j'aime me promener sous la pluie, et pourtant ça fait partie des plaisirs minuscules de la vie. De ma vie. Je prends mon temps alors que les passants vont se mettre à l'abri. A la station de taxis, le SDF indien est toujours là, sa canette de bière à la main. Je lui adresse un large sourire. Je sais qu'il ne me reconnaît pas et il est surpris de ma réaction. Je passe mon chemin et m'engouffre dans la bouche de métro quelques mètres plus loin.

Sèvres-Babylone. Je sors du métro et les lumières scintillantes du Bon Marché qui a revêti ses habits de Noël font briller mes yeux. Tant et si bien qu'en traversant la route, je glisse et m'étale de tout mon long. Deux hommes se précipitent immédiatement vers moi - qui a dit que les Parisiens étaient indifférents et malpolis ? Il m'est arrivé exactement la même chose à Lyon il y a deux semaines, et personne n'a levé le petit doigt - et l'un d'eux m'aide à me relever. Il fait quelques pas avec moi pour s'assurer que ma cheville n'a rien et que je vais réussir à poursuivre mon chemin seule. Il est agent de sécurité au Bon Marché et ne peut pas trop s'éloigner de l'entrée. Je le remercie et je poursuis ma course plus lentement.

J'arrive rue du Bac. J'emprunte la rue, et sur ma gauche, je rentre dans la Communauté des Petites Soeurs des Pauvres. Au bout de l'allée, j'entends les voix des fidèles et je demande à la soeur si je peux entrer, elle acquiesce. Je me dirige discrètement vers la gauche et m'assois à l'avant dernier rang. Je prie la fin du chapelet, puis j'envoie un texto à ma mère que je n'ai pas trouvée dans l'assemblée. A la fin de la prière, elle me rejoint. Je lui demande quelques instants pour me recueillir. Puis nous quittons la chappelle. Maman va demander une messe pour Papa, puis nous nous en allons.

Pigalle. Ca me fait drôle d'être ici, nous sommes mercredi soir et j'ai l'impression d'aller à la chorale. Mariette, Edith, Stéphane, Audrey et les autres Singing Swag ont vraiment été ma bouffée d'oxygène hebdomadaire pendant trois mois, et la seule raison pour laquelle j'étais triste de quitter Paris. Mais nous n'allons pas à la chorale, notre hôtel se situe dans le quartier. Maman nous a dégoté une super promotion et pour la première fois (en France), j'ai la chance de dormir dans un 4 étoiles ! Nous ne sommes pas déçues, les chambres sont charmantes et le personnel adorable.

Après un verre de rosé offert par la maison, nous prenons le bus direction Châtelet. Paris la nuit. On approche d'Hôtel de Ville où je suis si souvent passée, mais nous nous arrêtons avant. Les bâtiments se reflètent dans la Seine, les navettes fluviales poursuivent inlassablement leur ballet et le quartier est bien animé. Théâtre du Châtelet. Grand Corps Malade. Emotion. Rires. Danse. Puis restaurant typiquement parisien. Ravioles au homar et Paris-Brest plus que lecker.

Le lendemain matin, je prends une bouffée de onzième. Je marche de la Gare de l'est jusqu'à chez moi. Je passe par le marché à Bréguet-Sabin, je remonte la rue Boulle, puis je flâne un peu rue de la Roquette et je descend la rue d'Aurélie. Les flics n'ont pas bougé d'endroit, la camionnette est toujours là, seule la 206 blanche a changé de côté - mais les Chinois ne sont toujours pas discrets ! Je prends en photo les tags sur les murs de l'école. Je souris au gardien, même si ce n'est pas lui que j'ai flambé le 24 avril en disant que non, je n'allais pas en vacances avec ma valise, mais à l'enterrement de mon père ... Puis le passage de la bonne graine. Il y a des sapins de Noël, ça sent bon. Je prends mon temps sur la petite route pavée et comme toujours, je lève le nez pour regarder si l'habitant de la chambre aux rideaux roses va pointer le bout de son nez. Rien. Je passe devant ma porte, j'ai bizarrement un pincement au coeur. Paris, tu me manques.

Je traverse la rue du Faubourg Saint-Antoine. Mon SDF au bonnet "Au-dessus de moi, y'a du soleil" n'est plus là. Je me surprends à dire une prière pour lui. J'espère qu'il a réussi à s'en sortir, ou - ne soyons peut-être pas trop Bisounours - à trouver un coin moins difficile. Je passe devant le parc et je songe aux heures que j'ai passées ici à regarder les enfants jouer en lisant un livre ou en noircissant mes petits carnets.

Je fais un détour par Charlie et sa bière à deux balles, dommage qu'il ne soit pas l'heure d'en prendre une. En continuant mon chemin, j'entends la rumeur du marché d'Alligre et je décide d'aller y faire un tour. Je prends toutes ces odeurs, ces couleurs et ces sourires timides en pleine figure. Ca met du baume au coeur.

Puis mes pas finissent par me conduire à la gare de Lyon. Je trouve miraculeusement une petite place et j'attends patiemment que mon quai soit affiché en m'adonnant à l'un de mes passe-temps préféré : observer les gens et leur inventer des histoires. Mais le numéro de la voie s'affiche déjà et je me dirige vers mon wagon. Lorsque le train démarre, j'ai presque envie de pleurer. Lyon, je t'aime bien, mais tu n'es pas Paris.

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14.11.15

Fluctuat nec mergitur.

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Qu'elle est belle la devise de Paris. Qu'elles sont belles les Conventions de Genève sur le droit international humanitaire qui stipulent que les civils ne doivent plus êtres pris pour cibles dans des conflits armés. Tu parles !

Je n'ai pas de mots. J'ai juste envie de pleurer. J'ai passé la nuit à écouter France Inter, consternée. Même quand j'éteins la radio pour faire une pause et regarder une série débile, ça me hante. Je n'arrive pas à penser à autre chose.

Tu te rends compte ? Quelques mois plus tôt, ça aurait certainement été moi à la terrasse d'un bar du 11ème. Le onzième arrondissement, là où j'ai habité ces six derniers mois. Mon QG. La rue de Charonne était la rue parallèle à la mienne ... J'ai froid dans le dos. Je m'imagine une bière à la main, ou un peu plus tard dans la soirée, un rhum coca. Et un malade qui débarque ... Non, en fait je ne veux pas imaginer ça. Je ne peux l'imaginer. Maman et Mélanie ont déjà bien assez souffert cette année, je ne peux pas imaginer leur infliger ma mort aussi.

Tous ces événements me dépassent complètement. Papa, tu vois ça ? Tu vois le monde dans lequel on est Mélanie, Maman et moi ? Là maintenant tout de suite, j'ai encore plus envie que jamais de te rejoindre. Là où tu es, je suis certaine que tu pleures aussi.

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23.07.15

J'le disais y'a longtemps, mais pas de la même manière.

« Y'a comme un goût amer en nous, comme un goût de poussière dans tout

On garde cette blessure en nous, comme une éclaboussure de boue
Qui ne change rien, qui change tout ...

Evidemment, on danse encore sur les accords qu'on aimait tant
Evidemment, on rit encore pour des bêtises, comme des enfants
Mais pas comme avant. »

Je ne pensais pas que ces paroles résonneraient si fort en moi un jour. A chaque fois que quelqu'un que je connaissais s'en est allé rejoindre le Paradis Blanc, j'étais très affectée et les choses n'étaient plus tout à fait comme avant. Le Père Barbier. Marie-Jeanne. Rayan. Fernand. Marceau. Guillaume. Pierre. Le souvenir reste dans un coin de ma tête, jamais trop loin. Mais je n'avais jamais perdu quelqu'un de très proche, et aussi bête soit-il, je pensais que ma première véritable épreuve serait de perdre ma grand-mère maternelle dont je suis très proche. Eh bien non, c'est mon papa qui s'en est allé le premier, laissant derrière lui un océan d'amour et des dizaines et des dizaines de coeurs orphelins. Me laissant orpheline. Ca fait trois mois aujourd'hui, et je ne sais même pas comment j'ai fait sans toi depuis que tu t'en es allé ... Je sais qu'il y a des milliers de petites filles plus malheureuses que moi, mais tu t'es envolé avec une partie de moi. Même si j'essaye de donner le change, d'avancer, de sourire, d'aider, de chanter, bref de continuer à vivre.

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24.01.15

Il y a ton sourire.

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Ce soir, je ne sais pas à qui écrire. Je me sens seule, mais j'ai un soleil dans le coeur. Epuisée, mais pour une fois, c'est de la bonne fatigue et je crois que je vais pouvoir me laisser tomber dans les bras de Morphée en toute sérénité.

J'ai passé une journée merveilleuse. Je ne m'attendais pas à passer une telle journée. Je ne pensais pas réussir à oublier mes problèmes aussi longtemps. Sans doute devrais-je avoir honte, mais avant 19h30, je n'ai pas réussi à penser ni à mon père, ni à Benjamin, ni à ma grand-mère, ni à rien d'autre qu'au moment présent. Il faut dire que j'ai été bien occupée pendant cette remise de diplômes et que je n'ai pas pris une minute pour me poser. Mais j'étais dans une bulle et étrangement, je m'y suis sentie bien, sans me poser de questions. Enfin, tout est relatif. J'étais quand même en robe, dans un grand hall en présence de plein de personnes que je connaissais, dont quelques unes qui comptaient vraiment pour moi ... Défi pas facile à relever. Mais je l'ai fait avec le sourire et au final, je n'ai même pas vu le temps passer. J'ai aidé. J'ai discuté. J'ai souri. Et c'était juste bien.

J'ai revu quelques têtes. Des sourires. Un sourire en particulier. J'ai souri toute la journée, et ce soir en écrivant ces quelques mots et en repensant à tout ça, les larmes coulent toutes seules alors que j'ai un sourire dans le coeur, pour de vrai. C'est étrange, non ? Ces larmes que j'ai tellement refoulées ces dernières semaines, ce soir elles sortent enfin.

Je ne m'attendais pas à revoir certaines personnes, et encore moins à ce qu'elles me reconnaissent. Ainsi, joli moment assez inattendu avec Radia. Elle qui à l'époque m'avait dit que je lui faisais penser à Adele car elle avait quelque chose de vrai et de puissant dans le regard, comme moi. Ca m'avait touchée à un point inimaginable. Et la retrouver là, qu'elle m'embrasse avec élan et me demande de mes nouvelles avec autant de spontanéité m'a touchée également. Complètement inattendu ! Et plein de petits instants qui n'ont pas de prix. A toutes les personnes qui étaient là, un énorme merci. Vous n'avez pas idée à quel point vous m'avez fait du bien aujourd'hui.

Et puis, il y a son sourire. La perfection n'est pas de ce monde, mais ... En fait non, ce n'est pas de la perfection, c'est une profonde humilité mêlée à de la détermination et de la douceur. Je ne sais même pas par où commencer. Il me fait de l'effet, définitivement. Mais au-delà de ça, j'aime son engagement. J'aime le courage (est-ce vraiment du courage ?) dont il fait preuve et la simplicité avec laquelle il chemine. Je le trouve beau, dans tous les sens du terme. Et le revoir aujourd'hui m'a fait infiniment de bien. La pureté de son sourire m'a traversée. Dit comme ça, c'est ridicule. Et pourtant, c'est tellement vrai. Son sourire m'a toujours fait beaucoup d'effet. Son sourire, reflet d'une si belle âme.

Mes yeux s'emplissent d'eau à chaque fois que j'essaye de mettre des mots sur ce que je ressens, je pense que je vais arrêter ce billet ici car je n'arriverai pas à me ressaisir ce soir. C'est un trop plein, je ne sais plus si les émotions sont négatives ou positives. Mais au moins, j'arrive enfin à pleurer et je crois que ça aussi, ça me fait du bien.

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10.08.14

Ces choses qui n'existent jamais tant ...

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Lorsque j'ai du quitter Brenda le lendemain de son anniversaire, je me suis accrochée à elle et Denver a presque du me décrocher. Je n'avais aucune envie de défaire mon étreinte pour monter dans le van et laisser derrière moi ce petit bout de femme incroyable qui m'a accueillie comme si j'étais sa fille, qui m'a rendue si heureuse pendant les deux mois où j'ai partagé son quotidien et qui a relevé le défi de me faire me sentir à l'aise dans une famille inconnue à l'autre bout de la terre. J'ai vécu des moments mémorables en Afrique du Sud et rencontré beaucoup de personnes assez extraordinaires, et pourtant la plus belle chose qui me soit arrivée au Cap, c'est d'avoir trouvé en Brenda une seconde maman.

J'ai du finir par relâcher mes bras pour partir, et Brenda a pris mon visage entre ses mains, elle m'a embrassée et m'a dit qu'elle attendrait patiemment le jour où elle reverra mon grand sourire au portail de sa maison. Puis elle a ajouté en murmurant :  : "I love you to the moon and back. You are such a beautiful person." Les larmes ont redoublé, je l'ai serrée une dernière fois dans mes bras et je suis montée dans le van à contre coeur. Denver m'a laissé quelques minutes pour me ressaisir, puis il a entamé la conversation. Je m'en suis beaucoup mieux sortie qu'à mon arrivée où je ne comprenais pas un mot à ce qu'il me disait ! J'ai embrassé la ville du regard pendant tout le trajet à l'aéroport, je savais très bien que je n'y retournerai pas de sitôt.

Ca fait bientôt deux mois que je suis rentrée et je commence tout doucement à flancher. Je suis seule à la maison et j'ai de plus en plus de mal à dealer avec mon quotidien. J'ai la chance d'avoir un travail et je n'ai pas à me plaindre. Mais je me sens à l'étroit, je ne suis pas moi-même et j'étouffe un peu. En Afrique du Sud, j'ai goûté à la liberté, j'ai vécu près de grands espaces naturels dont j'ai toujours rêvé et j'ai même appris à aimer ma propre compagnie, alors rester assise sur mon steak devant un ordinateur qui me donne mal à la tête est une réalité à laquelle j'ai un peu de mal à m'adapter. Je sais que je n'ai pas le droit de cracher dans la soupe, c'est juste que j'ai peur de m'enfermer dans une routine que je déteste, je ne veux pas me fabriquer un avenir qui ressemble à ça. Pitié non !

La seule personne que j'ai vraiment envie de voir pour parler de tout ça et vider mon sac, c'est Caroline. Je crois qu'elle seule peut me comprendre, elle seule peut avoir une idée de l'ampleur des sentiments qui m'habitent, elle seule peut comprendre à quel point Brenda me manque, elle seule sait de quoi je parle. Je suis lassée de dire à tout le monde que j'ai passé deux mois extraordinaires en Afrique du Sud et raconter quelques anecdotes à des gens qui m'écoutent d'une oreille polie et distraite. Je sais que je ne peux pas leur en demander davantage, ils sont déjà bien gentils de m'écouter alors qu'ils s'en fichent ou ont un pincement au coeur car ils ne peuvent pas voyager. Je me sens terriblement égoïste, alors j'étouffe tout ça et je ne parle de l'Afrique que lorsqu'on me pose des questions. J'essaye de ne pas trop m'emballer, de ne pas trop montrer que je suis en train de faner depuis que je suis de retour, de trouver un juste milieu pour ne pas craquer et ne pas paraître trop arrogante aux yeux des gens. Mais le soir dans mon lit, c'est une toute autre histoire ...

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19.06.14

Nkosikelel' iAfrica ♥

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Nkosikelel' iAfrica. God bless Africa. Que Dieu bénisse l'Afrique. Quel bel hymne ! Quel merveilleux pays ! Je ne sais pas ce que je suis venue chercher en Afrique du Sud, mais je l'ai trouvé. Lorsque l'avion a quitté le sol du Cap, une larme a roulé sur ma joue ... écho à toutes celles que j'ai versées en quittant Brenda quelques heures auparavant. Même si je sais que ce n'est qu'un au revoir, quitter cette si belle terre a été un déchirement.

Pourtant, depuis que je suis rentrée, je suis plutôt sereine. Je ne sais d'ailleurs pas trop pourquoi car je viens de vivre une aventure hors du commun et j'ai l'impression d'avoir grandi, j'ai trouvé quelques réponses à des questions que je me posais toutes les nuits et je me comprends mieux moi-même. C'est étrange comme sensation car je suis toujours la même, mais j'ai un regard un peu neuf sur les choses et les personnes qui m'entourent.

South Africa never leaves one indifferent. Its history, its population, its landscapes and cultures - all speak to the visitor, to the student, to the friend of Africa. C'est exactement ça. Ce pays m'a profondément émue, voire bouleversée. Son histoire m'interpelle, j'aime d'amour ses habitants au coeur si énorme, ses paysages me coupent le souffle et sa culture est absolument fascinante. Non, je ne suis pas tombée en amour avec le Québec comme je l'aurais imaginé, je suis tombée en amour d'une Afrique multicolore et chaleureuse.

Je n'arrive pas à mettre des mots sur mon voyage. J'ai des images plein la tête et encore des étoiles dans les yeux. Je ne suis pas prête d'oublier ce que j'ai vécu là-bas. C'était intense, c'était vrai, c'était simple, c'était beau. Table Mountain qui m'a permis de relever un beau défi dont je ne me croyais pas capable. Lion's head qui aura eu raison de moi. Robben Island qui m'a laissée pensive. Le Cap de Bonne Espérance et Cape Point où j'aurais pu passer des heures et des heures. Les safaris qui m'ont permis de voir une faune intacte, sauvage et magnifque. La route 62 sur laquelle j'ai eu le bonheur de conduire. Les immenses étendues de savane mutlicolore. Les couchers de soleil qui me laissent encore rêveuse et les couleurs du ciel qui ont un goût d'infini.

Mais je crois que le plus important dans un voyage n'est pas le lieu où l'on est, mais les gens qui l'habitent. L'amour de Brenda en qui j'ai trouvé une seconde maman et qui s'est si bien occupée de moi. L'amitié de Nastasia qui était bien plus qu'une simple roommate. L'amour et la reconnaissance de Peter et Ursula qui m'ont tout donné en quelques heures et m'ont enseigné ma plus belle leçon de vie. Les baisers tendres et enflammés de Benjamin et le regard si doux qu'il portait sur moi. Les éclats de rire incessants de Claire et Constance qui illuminaient mes journées. La sincérité et la passion des Thokozani Brothers. La complicité des autres volontaires avec qui j'ai passé d'excellents moments. La gentillesse et l'ouverture d'esprit des différents Congolais que j'ai rencontrés dans le train et au coffee shop de Wynberg : André, Tsoso, l'inconnu de la troisième classe et les autres. Et tous ces sourires sincères, ces regards profonds, ces mains tendues, ces mots gentils ... Je n'oublierai jamais, oh non !

Mais comment décrire tout ça sans perdre l'essence de ces moments si précieux ? Comment parler de tous ces gens en trouvant les mots justes pour expliquer à quel point ils sont extraordinaires ? Comment se remettre d'un tel voyage ? Je n'en sais rien, j'ai encore un peu la tête dans mes nuages roses et oranges. Mais j'ai déjà eu beaucoup de chance que ces belles personnes soient entrées dans ma vie et eu l'immense privilège de vivre tous ces beaux moments, alors je me repasse en boucle le film de ces deux derniers mois en attendant patiemment mon prochain voyage.

Je crois bien que si ma tête et mon corps sont en France, mon coeur lui est resté en Afrique du Sud ... 

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