Quote music 1

Semaine pleine de sentiments contradictoires, placée sous le signe de la musique.

Je commence mon mardi avec le sentiment d'une profonde injustice après un texto de maman qui m'annonce que mamie est morte dans la nuit, qu'elle s'est endormie paisiblement. Je ne peux pas m'empêcher d'être touchée, de pleurer. Et même si c'est moche de penser ça, je ne peux pas m'empêcher de me dire que certaines personnes ont encore leurs 2 parents et leurs 4 grands-parents. Et nous ? Eh bien il ne nous reste plus que maman. Alors bien sûr, comme me l'a fait remarquer Pauline, des gens naissent sous X ou ne parlent pas à leur famille pour diverses raisons et que j'ai des gens autour de moi. N'empêche que ça me fait tout drôle de perdre une à une mes racines.

Mamie, je sais que c'est mieux pour toi, que tu dois être soulagée d'être enfin délivrée de toutes tes souffrances. Mais tu me manques. Ca fait des années déjà que tu me manques, mais c'est bête, en venant te voir j'avais toujours l'espoir que ce soit une journée cadeau, une de ces journées où même si tu n'avais pas toute ta tête, tu étais en forme, tu racontais des anecdotes, tu t'intéressais à ce que je devenais. Et là, je sais que je n'aurais même plus le droit à ça. Je te dois énormément de beaux souvenirs et une partie de mon éducation aussi. Pour tout le bien que tu as fait autour de toi, j'espère que Dieu t'a trouvé une place de choix, juste à côté de Papa et de Papi. Mais ça me serre le coeur un peu de te savoir là-haut.

J'arrive au bureau un peu patraque après avoir fait un détour à pied. Grégory est très élégant et me dit que si je veux rentrer, il n'y a pas de souci. Je passe quand même la journée tranquillement au bureau, il ne me brusque pas dans la matinée, puis lorsqu'il me voit reprendre le dessus, je crois qu'il comprend que je n'ai pas envie d'en parler, que c'est mon jardin à moi et que je n'ai pas envie de mêler le boulot à ça. J'agis plus ou moins comme d'habitude, même si parfois je laisse mon esprit aller ailleurs.

Nous sommes le 14 juin, jour où mon Papi est mort il y a 27 ans. Mon dernier jour en Afrique du Sud il y a deux ans. Décidément, les dates sont bizarres, elles m'évoquent toujours quelque chose. J'espère que les prochaines dates gravées dans ma mémoire seront de beaux souvenirs et que je n'aurai pas d'autre épreuve à traverser de sitôt. Je suis fatiguée et je ne me sens pas les épaules d'affronter encore des drames, ça suffit. Laissez-moi un peu en paix ! J'ai besoin de sérénité, de plénitude, de bonheur pour me reconnecter avec moi-même et avancer, surtout dans le domaine que j'ai choisi. J'ai envie d'être bien dans mes Converse et je m'y emploie, un peu au détriment des autres ces temps-ci, mais je sais qu'il faut que j'apprenne à prendre un peu soin de moi si je veux revenir vers les autres.

A la sortie du bureau mardi, je file chez Mariette. Deux heures de cours de chant avec elle et Marjolaine où j'apprends à oser. Ce n'est pas facile, mais ce sont mes tous premiers pas en dehors de mon cocon. Et puis vient une note. Celle que je redoute sur Skyfall, que je fais sans problème dans ma voiture, mais qu'il m'est impossible de sortir quand je suis dans le choeur, de peur qu'elle soit fausse et hyper forte. Et puis nous travaillons ce passage évidemment. D'abord Marjo, qui a un peu de mal car c'est aigu. Puis moi. Première tentative complètement loupée parce que je n'ose pas. Deuxième "trichée". Et troisième, je ferme les yeux et je balance cette note comme si j'étais seule chez moi. Et là, je me recroqueville sur moi, mais Mariette me prend dans ses bras et me dit "Mais c'est pas possible, tu as un don ! Choper un do comme ça en voix pleine, c'est incroyable ! Tu te rends compte là ?" Bien sûr que non, je ne me rends pas compte. Elle ajoute : "Mais tu l'as fait sans effort là, non ?" Ben non, sans effort vocal. Un gros effort de prise sur moi, sans aucun doute, mais vocal, non. J'en suis toute retournée. On fait plusieurs fois le passage, non ce n'était pas un hasard, j'en suis capable.

En rentrant, je trouve un texto de Mariette : "Claire H..., vous avez une voix de malade ! Compte sur moi pour continuer à révéler ce bijou ;) Plein de courage pour garder le moral. Gros bisous" Ca m'a plus que touchée et du coup ce soir à la chorale, j'ai ressorti cette fameuse note. Mariette me fait un énorme sourire où je vois sa fierté et son émotion. C'est beau. Je suis heureuse d'avoir rencontré cette fille et d'apprendre à la connaître. Elle a beaucoup à donner et je sais qu'elle aussi a fait du chemin pour en arriver là et dépasser sa timidité.

Autre défi de la soirée, Parle plus bas. Je ne suis pas très à l'aise dans ce rôle, mais sous le regard bienveillant de Mariette et l'oeil vif de Stéphane, je n'ai pas envie de les décevoir, alors je me lance. Et à la fin du morceau, Stéphane me glisse : "C'est bien ce que tu fais, je te trouve très touchante. Assume-le parce que tu le fais très bien, c'est beau." Je n'en reviens pas. J'ai l'impression de faire trop, de ne pas faire juste, de ne pas ressentir le personnage, de ne pas comprendre complètement qui j'incarne. Et pourtant.

A la fin de la soirée, Stéphane vient me voir pour me dire : "Ma chérie tu te caches ! Tu n'as pas le droit ! Tu es belle, tu as de la grâce. Il y a quelque chose de lumineux et de grâcieux en toi et ce n'est pas juste que les gens ne te voient pas. Tu es tellement belle que tu dois offrir ça aux gens !" Je me suis retournée vers Jean-Baptsite à côté de moi, j'étais hyper émue et les larmes commençaient à me monter aux yeux. Mais Jean-Baptiste renchérit : "Je suis d'accord, ça le fait." Euh... "Ca le fait quoi ?" Lui : "Ben quand tu chantes. Moi aussi je t'ai observée et tu dégages quelque chose quand tu chantes. Vraiment !" Lui qui ne dit jamais rien, je suis encore plus émue. Je baffouille un merci et je monte prendre l'air ...

Trajet du retour avec Mariette qui s'y met aussi et me dit qu'elle me trouve trop belle : "Tu devrais te faire un kiff sur une chanson et te mettre devant. Tu le mérites !" Mais justement, mon kiff c'est d'être derrière, de voir le sourire de Mariette et de sentir vibrer les copains de dos. J'aime ça. Il ne manque plus que le regard complice d'Aurélie pour que ce soit parfait ... Mais au final, c'est sans doute mieux qu'elle ne soit plus là car sous ses moqueries et son dédain pour Stéphane, je n'aurais probablement pas fait tout ça. Je l'aime de tout mon coeur, mais sur certaines choses, elle m'empêche d'avancer, d'aller vers les gens alors que c'est déjà tellement difficile pour moi, de m'assumer. C'est étrange.

Et quand je rentre de la chorale les mercredis soirs, j'ai envie d'y croire. Envie de croire que je peux m'assumer comme les autres, que je ne suis pas derrière eux, mais au même niveau. Enfin, c'est une bien belle théorie et je n'arrive pas à la mettre en pratique d'une semaine sur l'autre, mais tout le monde est bienveillant, me rassure et je crois que je ne suis pas moins bien que les gens de la chorale dans l'ensemble. Tout le monde est pareil en somme, et c'est une très belle leçon de vie car avec Jacky, tout le monde n'est pas au même niveau et ça se sent bien. Alors que là, chacun est humble et prend sa place parce que chacun en a une, personne n'est laissé derrière. Même pas moi qui pourtant aimerais qu'on me laisse un peu derrière. Non, je suis là comme tous les autres, avec les autres, au même niveau que les autres. C'est dur pour quelqu'un qui a l'habitude de se fondre dans la masse et qui ne veut pas se faire remarquer, mais c'est un très bel apprentissage.

Bref, le chant me fait beaucoup de bien. J'ai envie de le remettre un peu au coeur de ma vie. Bien sûr j'ai envie de voyages, mais suis-je vraiment prête ? Je fanfaronne de nouveau, mais je sais que c'est encore fragile. Et m'éclater à Paris, ce n'est pas si mal au fond ...